‹ La Forêt Française et le marché des boisChapitre 1 sur 61 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il existe une opposition frappante entre la forêt, qui est une force vivante de la nature, et les bois qu’elle produit, matière première au même titre que le fer, le charbon, le pétrole. Pour ceux-ci, on ne peut distinguer entre la mine, le puits, et le produit qui en est extrait ; la mine n’existe que pour la houille et si la houïille était supplantée par un autre combustible, il va de soi qu’elle serait abandonnée. Ceci est le plus banal de tous les truismes : mais il met bien en lumière la différence profonde qui sépare le bois de toutes les autres matières : premières.

Car avant d’être utilisé à l’une des innombrables fins qui sont les siennes, avant de recevoir par la transformation industrielle une valeur économique, le bois a déjà rendu à l’homme des services immatériels dont il ne saurait se passer.

Les savants n’hésitent pas à imputer au déboisement la ruine de certaines civilisations. Ils tiennent pour certain que les forêts provoquent la pluie et que les défrichements l’éloignent. Par quel mécanisme ? Il n’est guère aisé de le savoir avec certitude ; mais chacun connait, pour lavoir apprécié la fraîcheur des bois, qui sans doute suffit dans les hautes régions de l’atmosphère, à provoquer les condensations pluviales.

On cite, d’ailleurs, d’innombrables exemples qui semblent probants. Ce sont d’anciennes civilisations englouties dans les sables, telles Ninive et Babylone, telles les ruines romaines du désert tunisien. C’est la décadence

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de la Grèce : c’est la Palestine qui ne retrouve plus sa prospérité passée. C'est la Castille, fertile autrefois, si désséchée aujourd’hui que « l’alouette qui la traverse doit emporter son grain ». Partout la décadence coïncide avec la disparition des arbres.

La réciproque semble également vraie. Thiollier (1) cite, tout près de nous, l'exemple étonnant de l’île de l’Ascension, où en moins de cent ans des plantations bien conduites ont amené des pluies régulières.

Il y a quelques années, les inondations soudaines qui ont dévasté le Midi ont attiré l’attention sur laction régulatrice de la forêt sur l’écoulement de l’eau de pluie. Les feuilles, les branches brisent les pluies brutales et permettent à l’humus de s’imbiber lentement. Il absorbe ainsi d'énormes quantités d’eau qui, sans lui, eussent ruisselé torrentiellement sur les pentes ; il est soutenu par les racines entremêlées, qui maintiennent, comme dans une main, la terre des avalanches. Nous aurons, d’ailleurs, l'occasion d’étudier la législation qui a pour but de protéger les forêts de montagne.

Deux provinces, en France, ont été assainies et enrichies par le boisement : les Landes et la Sologne. Ces deux régions étaient, naguère, des déserts pestilentiels où une misérable population se défendait difficilement contre les fièvres paludéennes. L’image du berger landais, haut perché sur ses échasses, n’est pas encore éloignée de nous ; mais ce lype pittoresque a disparu à peu près complètement, chassé par les plantations de pins maritimes et les nombreuses industries qu’elles nourissent. Avant la crise actuelle, qui sévit si durement sur les résineux, les Landes étaient un des plus riches départements français. La Sologne a suivi une évolution analogue, quoique avec une moindre ampleur. C’est que la forêt, grâce à son énorme pouvoir évaporatoire, déssèche les marécages el les assainit.

Faut-il dire encore qu’elle a le pouvoir de réduire les

(4) Thiollier : Pour comprendre l'arbre et la forêt,

EVE SRE

écarts de température et même -— ce qui semble moins certain -— d’écarter les nuages grêleux ?

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