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LE DIX-HUITIEME SIECLE

Et les architectes surent, d’une façon générale, se montrer égaux à leur tâche. Au dix-huitième siècle, dit Huffel, « la foresterie française était de beaucoup la première du monde ». Loin d’être dominés comme plus tard par l'influence des forestiers allemands, c’étaient ceux-ci qui traduisaient les œuvres de Réaumur, Buffon, Duhamel, Varenne de Feuille, Perthuis, et s’en inspiraient….

Ils y eurent quelque mérite, ne le cachons pas. Car du vivant même de Louis XIV, la Forêt, à peine restaurée, fut assaillie à nouveau par ses ennemis habituels.

À certains, elle échappa. A la démoralisation du personnel par exemple. Nous savons quel mal firent avant Colbert, les officiers sans scrupules. Nous avons vu Colbert y mettre bon ordre, en supprimant toutes les charges des officiers infidèles, et, du même coup, la cause profonde du mal : l’alternativité des offices, où les meilleurs trouvaient un motif d’indifférence, les autres une excuse pour leur gestion malhonnèête.

Or, dès 1707, les besoins d’argent du Trésor se font pressants, la fiscalité (pour employer un langage moderne) ne trouve plus de ressources, et l’on est acculé aux expédients. À nouveau, le rétablissement des offices alternatifs en fut un. Mais il ne fut pas suivi, cette fois, de son cortège catastrophique. Progrès de l'esprit public, de la conscience et de la valeur professionnelle, après la longue période de paix intérieure que Louis XIV avait donnée au

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pays ? heureuses circonstances, favorisées sans doute par le Gouvernement, qui permirent aux titulaires d’acquérir la plupart des offices alternatifs, et par là même de faire disparaître l’alternativité par confusion ? Toujours est-il qu'aucun auteur ne signale plus les honteux excès dont, antérieurement, étaient remplis les textes royaux euxmêmes.

Un autre ennemi, au contraire, se réveilla, à partir de la fin de cette première décade du dix-huitième siècle sous la pression des difficultés financières. C’est le déboisement.

Dès 1707, le Conseil autorise certains défrichements. Le spectre de la famine reparaissait, et l’agriculture, qui, à vrai dire, ignore encore les merveilleuses possibilités que les méthodes intensives lui donneront plus tard, ne connaît qu’une façon d'augmenter sa production, c’est d'agrandir les surfaces cultivées. La tentation est d’autant plus forte que la fertilité des terrains fraîchement défrichés est bien connue. Un peu plus tard, la théorie physiocratique devenant à la mode apporta des raisons théoriques à cette malencontreuse inimitié entre les champs et les bois. La forêt parut un mode bien primitif d’occupation du sol, qu’il était bon de réformer dans la plus large mesure possible. À partir de 1762, les autorisations de défrichements se multiplièrent sous cette double pression, et en 1766 pour favoriser les défrichements exécutés par les particuliers, Louis XV exonéra de tous impots les terrains défrichés postérieurement à 1762 (taille, dime, vingtième, droits d’enregistrement et de franc-fief). Cette impulsion, venue de haut, fut parfois suivie par les propriétaires que le luxe délicieux du dix-huitième siècle ne laissait pas sans besoins d’argent : comment eussent-ils résisté, alors que les théories les plus séduisantes contribuaïent encore à déprécier les forêts à leurs yeux ?

Les finances publiques, au même moment, connaissaient de grandes difficultés : les sacrifices d'ordre forestier furent consentis d’autant plus volontiers qu’ils étaient comme auréolés par l'idéologie qui régnait alors, Com-

ment en eut-il été autrement ? Toujours est-il que Necker, dans son « Compte rendu » estime à 950.000 arpents l’étendue des forêts défrichées de 1766 à 1780, soit environ 475.000 hectares.

Le déboisement, à côté de cette forme brutale, se présente aussi sous un aspect atténué, que l’on a accoutumé d’appeler le désarbrement. C’est la disparition des grands arbres ; la conséquence en est d’amener la disette de bois d'œuvre.

Un des objet de l’ordonnance de 1669 était précisément d’assurer à la marine et au commerce des ressources suffisantes en bois d’œuvre : d’où les prescriptions touchant aux réserves de baliveaux dans les taillis, et au quart de réserve imposé dans les forêts.

Les règlements qui furent faits pour chacune des forêts du Domaine imposèrent une réserve beaucoup plus abondante que celle de seize baliveaux à l’arpent fixée par l’ordonnance. II ne s'agissait là que d’un minimum en dessous duquel on ne devait jamais descendre. Huffel cite un grand nombre de règlements, s’appliquant à des bois de communautés comme à des bois du Domaine, qui imposent le plus souvent vingt-cinq baliveaux de l’âge à l’arpent, et un nombre élevé de modernes et d’anciens.

Mais un grave danger se révéla, au cours du dixhuitième siècle. On crut devoir diminuer sensiblement la

durée des révolutions. La rareté des beaux arbres en fut grandement accrue.

La raison de cette théorie était double. Une idée purement technique d’abord : on distinguait mal encore le brins de semence et les simples rejets ; on n’avait pas encore observé les différences de qualité et de longévité qui dans la plupart des cas les séparent. Il parut donc beaucoup plus simple et plus économique d’abattre plus Jeunes les arbres de futaie pour assurer des rejets normaux. Les forestiers comptaient ainsi s’épargner les frais élevés de régénération artificielle qu’ils pratiquaient, con-

formément à l’ordonnance, quand c'était nécessaire, à

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intérieur et aux abords des forêts où des vides s’étaient produits, où des landes avaient pris la place des bois abroutis. « En 1727, on entreprit. le reboisement de 2.000 arpents de landes et de bruyères contigus à la forêt (de Bercé), ce qui occasionna une dépense de 170.000 livres » (Huffel).

Parfois, le pays manquait de bois. Un arrêt du Conseil du 27 juillet 1782 dit : « S. M. a reconnu que le motif qui avait déterminé à régler ces forêts en 1688 et 1700 à un âge aussi avancé (235 à 240 ans en forêt de Blois, 315 en forêt de Russy et 150 environ en forêt de Boulogne) a été le peu de consommation et de débit que ces bois avaient alors ; mais bien loin que ces motifs subsistent encore, il a été adressé à S. M. des représentations sur la disette de boïis qui commence à se faire sentir dans le Blaisois, occasionnée par la modicité des coupes dans les forêts de S. M. Ensuite de quoi, l’âge d’exploitation fut abaïissé à 108 ans à Blois, à 126 à Russy et 130 à Boulogne » (Huffel).

Mais par dessus tout, on eut le souci d'augmenter le revenu des forêts en abattant davantage de bois d'œuvre. N’était-ce pas naturel, puisque les forestiers eux-mêmes y trouvaient des avantages ? Et la forêt de Haguenau, qui produit 28.000 livres par an en 1720, en produit 37.000 en 1750, 200.000 en 1784 et 226.000 par an de 1785 à 1787 (Huffel). Ascension foudroyante que ne suffisent à expliquer ni la meilleure gestion, ni les progrès de la sylviculture, ni la variation des cours.

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