LE MALAISE FORESTIER
Nous avons étudié, jusqu'ici, ce que l’on pourrait appeler le statut de notre forêt. Grâce à lui, elle constitue, dans le cadre de l’économie nationale, une puissance organisée, défendue dans une large mesure contre elle-même et contre ses principaux ennemis. Elle fournit une des matières premières essentielles, et à ce titre donne du travail à une foule énorme qu’on évalue entre 700.000 et 800.000 hommes. Mieux encore, la forêt est une des forces vivantes du pays, qui ne saurait se passer des services immatériels qu’elle est seule à pouvoir rendre. Malgré la place de premier plan que ces titres devraient lui assurer, depuis longtemps déjà, elle est en proie à un trouble profond : le pays est partagé entre son amour de la forêt et sa désaffection pour le bois.
I n’est pas difficile de montrer l’existence paradoxale des deux élans contradictoires qui agitent périodiquement les publicistes, la foule, et à leur suite les législateurs. Il suffit de rappeler les campagnes —— justes et bonnes — en faveur du reboisement qui suivent généralement les inondations ou les catastrophes de montagne et de mettre en regard les amères critiques dont le bois fut victime après les incendies du « Georges-Philippar » et de « L’Atlantique », après aussi l’horrible catastrophe de Lagny. Et cette réprobation n’est pas moins méritée sans doute.
Malgré son statut juridique, malgré les avantages dont elle jouit, malgré sa popularité, l'avenir de la forêt en France est donc incertain. C’est de l’analyse de cette incertitude que nous voudrions faire l’objet de la troisième partie de notre travail.