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EXPOSÉ DE LA QUESTION

La Silésie orientale de Tesin, prolongement naturel de la Haute- Silésie, formait, avant la dislocation de l'Autriche, en octobre 1918, avec la Silésie occidentale d’Opava (Troppau), l'unité administrative appelée duché silésien. Présentant la forme d’un rectangle et mesurant 2.282 km?°, cette Silésie de Tesin était limitée à l'Ouest par la rivière Ostravice (Ostrawitza), à l'Est par la Biala, au Nord-Est par la Vistule, au Nord par l’Oder et l’Olsava (Olsa) et au Sud par les Beskides. Elle était traversée, du Sud au Nord, par la Vistule et par l’Olsava et l’Ostravice, deux affluents de l’Oder. Dans sa partie méridionale, se trouvait l’important défilé de Jablunkov (Jablunka, Jablonkow), considéré à juste titre comme l’une des prin-

(1) Bibliographie : H. GraAPpin, La question de la Silésie de Teschen, Paris 1919. — Ch. River, Les T'chécoslovaques, op. cit., p. 76 ets. — Mémoires re et polonais présentés au Congrès de Paix.

(2) Dans cet exposé, nous indiquerons, comme nous l’avons fait jusqu'ici, à côté dé chaque nom géographique tchèque, le nom géographique allemand ou magyar le plus répandu en France; nous ajouterons parfois le nom polonais, afin d'éviter tout illogisme dans l’exposé de la thèse polonaise et de permettre l’étude de la question de Teschen dans les ouvrages à nomenclature polonaise. :

cipales routes commerciales entre l’Europe du Nord et celle du Sud.

La Silésie de Tesin était divisée administrativement en quatre districts : deux à l'Ouest, ceux de Frydek (Friedek) et de Frystat (Freistadt, Frysztat), un au Centre, celui de Tesin, et un à l'Est, celui de Bilsko (Bielitz, Bielsk). D’après la statistique officielle de 1910, ce petit pays comptait 426.667 habitants, dont 233.850 Polonais (54,8 %), 115.605 Tchèques (27,1 %), 76.916 Allemands (18 %) et 297 divers (0,1 %). Le district de Frydek était presque exclusivement tchèque et celui de Bilsko, en majeure partie polonais; celui de Frystat comprenait 24 % de Tchécoslovaques contre 63 % de Polonais et celui de Tesin, 76 % de population polonaise (1).

Au point de vue linguistique, savants tchèques et polonais paraissaient à peu près d'accord pour reconnaître que dans les districts de Bilsko, Tesin et Frystat, la langue parlée était la langue polonaise type et non un dialecte se rapprochant du tchèque ou du polonais et que,s’il existait une langue de transition polono-moravienne, le silésien, celle-ci n’était parlée que dans le district de Frydek et au delà de l’Ostravice, par les Slonzaks (2).

Comment se fait-il donc qu’un pays aussi petit que celui de Tesin ait été aussi âprement disputé par les Tchèques et les Polonais? — C’est qu’il présentait un {rès grand inlérêl économique. En effet, si le climat de cette région, relativement froid et humide, était peu favorable à l’agriculture, son sol peu fertile et sa division en très grandes propriétés peu faite pour augmenter sa productivité (3), son soussol était d’une richesse inestimable. Ne renfermait-il pas de l’or, de l'argent, du plomb, du cuivre et du fer? Mais surtout, n’était-ce pas dans sa partie Nord-Ouest que se trouvait le bassin houiller d’Ostrava-Karvinna (Mährisch-Ostrau, Ostrawa-Karwina) qui, avec ses 38 puits, ne constituait qu’une très faible partie (11,1 %) de l’immense bassin de Haute-Silésie, mais dont l’extraction atteignait cependant, en 1913, 7.400.000 tonnes?

La présence en Silésie de Tesin de grandes quantités de houille

(1) Si l’on compare les recensements autrichiens de 1880, 1890, 1900 et 1910, on découvre, entre 1900 et 1910, une augmentation de la proportion des éléments tchèques (3,4%) et allemands (2,6 %), jusqu'alors en diminution, par rapport à l’élément polonais, jusqu’alors en progression.

(2) Dans ce sens : enquête autrichienne de 1850, les linguistes polonais Malinowski, Bystron, Nitsch, les linguistes tchèques Sembera, Bartos, Niederle. Avant 1850, les Allemands Bayer et Springer. Les savants tchèques Safarik et Koristka considéraient la Silésie de Teschen comme plus polonaise que tchèque. V. H. GRAPPIN, op. cit, p. 19 ets,

(3) L’archiduc Frédéric de Habsbourg, l’ancien généralissime de l’armée autrichienne, ne possédait-il pas à lui seul 643 km, soit environ le tiers de tout le territoire de la Silésie de Teschen ?

et de minerai de fer avait donné un essor surprenant à la sidérurgie dont le centre était Trinec (Trzynietz). L'industrie des métaux comptait 500 usines dont 200 fabriques de machines. L'industrie des tissus, celles du bâtiment, des matériaux de construction, du bois, des produits chimiques, y étaient particulièrement prospères.

Si la possession de la Silésie de Tesin était rendue précieuse par la richesse de ses gisements houillers, elle l’était aussi par l’importance de ses voies de communicalion. En effet, la ligne de Bohumin-Kosice (Oderberg-Kassa, Bogumin-Koszyce), qui passe par le col de Jablunkov, constitue l’un des plus importants tronçons de la grande voie internationale Berlin-Budapest-Bucarest-Constantinople et,en même temps,la meilleure et la plus rapide des lignes reliant la Slovaquie avec les provinces tchèques. La ligne du chemin de fer du Nord,reliant Vienne à Cracovie-Lwow-Kiev-Odessa, à Varsovie-Moscou- Pétrograd, à Breslau-Berlin-Dantzig, longe, à l'Ouest, la Silésie de Tesin et passe à Bohumin qui, avec les lignes de Prague, Brno et Kosice, devient l’un des principaux nœuds de voies ferrées de l’Europe centrale.

Tehèques et Polonais appuyaient leurs revendications non seulement sur des bases géographiques, ethnographiques et économiques, mais aussi sur des bases historiques. En retraçant l’histoire de la nation tchèque, nous avons vu que la riche Silésieexcita de tout temps les appétits de ses voisins, Tchèques, Polonais et Allemands et passa successivement entre leurs mains. Après avoir fait partie de l’empire de Grande Moravie, puis du royaume de Bohême sous les Premysli-

des, elle devint polonaise sous Boleslav l’Intrépide, puis tchèque avec Venceslas II, de nouveau polonaise pendant le règne de Ladislas Jer le Bref et de Casimir le Grand, pour passer définitivement, à partir de Jean de Luxembourg, sous la domination tchèque. Nous savons également que, lors du démembrement de la Silésie, le pays de Tesin est resté rattaché à la Bohême dont il n’a plus cessé ensuite de partager heurs et malheurs. Disons en outre ici que ce territoire est devenu en 1290 une principauté indépendante, qu’en 1327, par suite d’une entente entre Jean de Luxembourg et les princes silésiens, il a été constitué en fief au prince Kasimir et qu’il a été gouverné par ses princes indigènes jusqu’en 1653, année de la mort du dernier d’entre eux, la princesse Elisabeth Lucrèce.

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