LE ROYAUME A LA MORT DE CHARLES V
Au point de vue du domaine royal, les progrès étaient moins sensibles : cependant les aliénations avaient toutes été consenties en faveur de fils de France et conformément à la loi qui régissait les apanages. Les seules qui fussent à considérer, parce qu elles n’étaient pas viagères, consistaient dans le Loudunois, le comté de Poitiers et la Flandre française. Les deux premières étaient des compensations, un peu larges peut-être, mais pourtant des compensations, accordées, l’une au duc d’Anjou en échange de Chantoceaux, la seconde au duc de Berry pour le comté de Mâcon. L’aliénation de la Flandre française avait un tout autre caractère, puisqu’elle donnait à un fds de France la possession ultérieure — qui fut effective dès 1384 — des comtés de Flandre, d’Artois, de Rethel etdeNevers, ainsi que de l’important comté de Bourgogne situé hors des limites du royaume, en terre d’Empire.
Ces aliénations qu’atténuait considérablement la clause de réversibilité à la couronne, à défaut de descendance mâle des concessionnaires, étaient peu importantes auprès des acquisitions domaniales qu’on doit à Charles V et dont j’indiquerai celles seulement qui ont quelque importance territoriale en suivant l’ordre géographique : au nord-ouest, la plupart des domaines que les assiettes de 1298 et de 1317, comme les traités de 1318 et de 1354, avaient attribués à la maison d’Evreux, c’est-à-dire les parties de la Normandie répondant à peu près aux départements de la Manche et de l’Eure, où le domaine du roi de Navarre se composait à l’origine des comtés de Mortain et d’Evreux, ainsi que les autres possessions du roi de Navarre situées dans le voisinage de ce dernier comté, et dont les plus importantes étaient Mantes, Meulant et Nogent-le-Roi ; auprès de cette dernière châtellenie, le comté de Dreux acquis, en 1378, des héritiers de Simon de Thouars; les comtés de Beaumonl-sur-Oise et de Valois, à peu de distance au nord de Paris; plus au sud, le duché d’Orléans et le comté d’Auxerre; au delà de la Loire, dans les pays repris aux Anglais, la châtellenie de Limoges, le comté d’Angoulême, la Saintonge, l’Aunis, le Périgord royal, le Bazadais, l’Agenais, le Quercy, le Rouergue et le comté de Bigorre ; enfin, dans le Languedoc, la seigneurie de Montpellier que Charles VI devait restituer pour un moment, de 1381 à 1382, au fils aîné de Charles le Mauvais.
J’omets, et à dessein, la Bretagne, que Charles V tenta prématurément de joindre au domaine et qui d’ailleurs lui échappait dans les derniers mois de sa trop courte vie.
CHARLES V, LE ROI RÉPARATEUR
Jetons maintenant, Messieurs, un coup d’œil rapide sur la carte féodale de la France, au moment de la mort de Charles V.
En dehors du duc de Bretagne, dont l’héritage est légalementuni, pour l’instant, au domaine royal, et du comte de Flandre qui aura pour successeur, dès 1384, un prince de la maison de Valois, les princes de la maison capétienne, qu’on appelait alors les princes des fleurs de lis, tous issus de saint Louis, sont les plus gros seigneurs terriens du royaume.
Tels sont, en première ligne, les trois frères du roi :
Le duc d’Anjou, Louis Ier, qui possède l’Anjou, le Maine et le Loudunois et qui jouit encore de la possession viagère de la Touraine ;
Le duc de Berry, Jean, :qui domine sur le Berry, l’Auvergne et le Poitou ;
Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui va bientôt joindre à son duché la Flandre, l’Artois, le Rethelois, le Nivernais et la Franche-Comté.
Tels ensuite :
Le comte d’Alençvon, Pierre II, neveu paternel du roi Philippe VI, qui joint, au comté d’Alençon, celui du Perche et les seigneuries du Thimerais ;
Le comte d’Etampes, Louis d’Evreux, cousin germain de Charles le Mauvais, mais l’un des amis les plus sûrs de Charles V ;
Le duc de Bourbon, Louis II, qui tient aussi le comté de Clermont-en-Beauvaisis ;
Enfin Jean de Bourbon, cousin germain du duc Louis II qui, outre le comté de la Marche, possède celui de Castres en Albigeois, et celui de Vendôme, fief mouvant du duché d’Anjou.
L’importance des fiefs possédés par ces sept princes descendants de saint Louis et l’étendue du domaine royal sont les plus sûrs indices de la révolution qui, depuis un peu plus d’un siècle, s’est accomplie dans le monde féodal.
En même temps, les vieilles familles dont je vous parlais au cours de mespremières leçons, disparaissent peu à peu, et, parmi