‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 101 sur 188 · ABANDON DE LA FLANDRE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ABANDON DE LA FLANDRE FRANÇAISE

frères que le roi Jean avait si richement dotés. Au début de son règne, le 31 mai 1364, il confirma à Philippe, son plus jeune frère, le don du duché de Bourgogne si impolitiquement détaché du domaine l’année précédente ; mais il jugeait utile de s’attacher ce vaillant fils de France qu’il mettait bientôt après à la tête d une armée. Bien plus, en 1369, il abandonna au comte de Flandre, Louis de Male, les trois châtellenies de Lille, Douai et Orchies, composant la Flandre française, que les guerres de Philippe-le-Bel avaient rattachées à la couronne. Il les abandonnait pour faciliter l’imion de son frère Philippe avec l’héritière présomptive du comié qui, en outre, devait apporter plus tard à son époux les comtés d’Artois, de Rethel, de Nevers et de Bourgogne, ou Franche-Comté. Charles V jetait ainsi les fondements de la grande puissance territoriale des ducs de Bourgogne qui allait bientôt devenir un péril pour la maison de Valois ; mais il ne pouvait entrevoir l’avenir, et il lui fut donné de savourer la victoire pacifique remportée à cette occasion sur le roi d’Angleterre qui, depuis plusieurs années, négociait auprès du pape le mariage de son fils, le comte de Cambridge, avec Marguerite de Flandre. Assurément il ne fallait point hésiter en l’espèce, et le roi Charles agit en bon Français en empêchant un prince anglais d’épouser l’héritière des comtés de Flandre, d’Artois, de Rethel, de Nevers et de Bourgogne. D'ailleurs la Flandre française n’était pas aliénée sans condition : elle n’était transmissible qu’aux enfants mâles issus du duc de Bourgogne et de Marguerite de Flandre et, à leur défaut, elle devait faire retour à la couronne, comme les terres concédées à titre d’apanage.

L’aîné des frères du roi, Louis, duc d’Anjou, prince avide et ambitieux, a laissé un assez triste renom : il ne vit pas sans doute de fort bon œil la belle situation que la possession du duché de Bourgogne et le mariage flamand faisaient à Philippe, son cadet. De là, sans doute, les remaniements de son apanage, primitivement formé de l’Anjou et du Maine, c’est-à-dire de l’ancien apanage de Charles d’Anjou duquel on avait cependant détaché un territoire d’origine poitevine, le Loudunois qui avait Loudun pour chef-lieu ; Louis obtint d'abord, en 1367, cette ancienne annexe de l’Anjou en échange de la châtellenie de Chantoceaux alors cédée au duché de Bretagne. Trois ans plus tard, en 1370, il se démit, entre les mains du roi, du comté du Maine et reçut en échange, mais pour sa vie seulement, le duché de Touraine dont

CHARLES V, LE ROI RÉPARATEUR

les revenus étaient sans doute plus élevés que ceux du Maine ; il trouva même le moyen de conserver à la fois le Maine et la Touraine, en vertu d’une concession royale du 17 mai 1372 ; seulement la Touraine, n’étant pas transmissible, ne passa pas à sa descendance.

Charles V ne pouvait pas se dessaisir de la Flandre française, en faveur de Philippe, et delà Touraine donnée viagèrement à Louis, sans accroître aussi l’apanage de Jean, son second frère, duc de Berry et d’Auvergne : cet amateur éclairé des arts se distinguait de la plupart de ses contemporains par une curiosité universelle. La libéralité que le roi témoigna, dès novembre 1369, au duc de Berry paraît avoir eu pour but de stimuler l’activité de ce fils de France, un de ses principaux lieutenants dans la guerre d’Aquitaine qui venait de commencer ; encore profita-t-il de cette libéralité pour réunir à la couronne le comté de Mâcon, que le duc de Berry possédait déjà depuis dix années. Il lui donna donc, en échange du comté de Mâcon, le comté de Poitiers, bientôt augmenté de l’Angoumois et de la Saintonge, à reprendre d’ailleurs en très'grande partie sur l’Anglais ; mais, la conquête achevée, il prononça, dès le 15 décembre 1373, la réunion à la couronne des comtés d’Angoulême et de Saintonge, laissant à son frère, comme compensation au comté de Mâcon, celui de Poitiers dans lequel le domaine royal était dès lors fort amoindri.

En somme le roi Charles V, qui mourait le 16 septembre 1380, âgé de quarante-trois ans, avait en quinze ans de règne, rendu au royaume de France l’éclat dont il jouissait dans les premières années de la dynastie des Valois. Notre pays, si cruellement démembré par le traité de Brétigny, avait recouvré à peu de chose près ses anciennes limites : seuls le Bordelais, Dax, Bayonne et le Labourd, ainsi que la vicomté pyrénéenne de Soûle dans le midi, Calais et le Calaisis dans le nord, demeuraient au pouvoir des Anglais, étrangers, même au point de vue de la suzeraineté, au royaume capétien. La frontière sud-est qui jusqu’alors n’avait pas dépassé le Rhône, atteignait, par suite de l’annexion du Dauphiné, les cimes des Alpes, englobant même quelques parcelles du versant italien.

Page 1