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AVÈNEMENT DE LA MAISON DE LANCASTRE

Que le nouveau roi de France eût quelques-unes des qualités qu’avait montrées son père dans l’exercice du pouvoir, et l’expulsion complète de l’étranger n’était plus qu’une affaire d’années !

Hélas ! Charles V n’avait pas eu le temps défaire l’éducation de ses fils : Charles VI, livré à ses oncles, ne conservait aucun trait du caractère paternel ; il rappelait bien plutôt celui de son aïeul et de Philippe VI ! Comme eux il aimait le bruit, l’éclat, le faste, et il cherchait ses modèles dans les romans de chevalerie.

La France aurait pu encore ne pas déchoirsousun telsouverain ; malheureusement, en 1392, dans la douzième année de son règne, il fut frappé de folie et ne traîna plus, dès lors, durant trente ans qu’une existence misérable parsemée de quelques lueurs de raison. Pendant ce temps les princes du sang, ses oncles d’abord, se disputèrent le pouvoir et leurs querelles que vint envenimer, en 1407, le meurtre du duc d’Orléans, frère du roi, commis à l’instigation du duc de Bourgogne Jean-sans-Peur, son cousin germain, déchaînèrent la guerre civile pendant le dernier tiers du règne du malheureux Charles ; ce fut le prélude d’une guerre étrangère et d’une nouvelle invasion anglaise qui aboutirent, le 21 mai 1420, au néfaste traité de Troyes, lequel déclarait le roi d’Angleterre Henri V héritier de la couronne de France, à l’exclusion de tout prince français.

Mais j’anticipe singulièrement en parlant d’un traité conclu au cours delà quarantième année du règne de Charles VI, et il convient de dire que le début de ce règne ne faisait guère prévoir la terrible crise qui devait mettre en péril l’indépendance même du pays. Le trône d’Angleterre était occupé par Richard II, de deux ans seulement plus âgé que le nouveau roi de France, gouverné par ses oncles fils du feu roi Edouard III, comme Charles VI l’était par les frères de son père. Bientôt on put voir que Richard II, fils dégénéré du Prince Noir, ne pouvait être pour notre pays un ennemi redoutable.

La révolution qui, en 1399, donna le trône au duc de Lancastre Henri, cousin germain de Richard II, au préjudice de l’héritier légitime de ce roi, renfermait le germe de la guerre civile qui, au xve siècle, fit répandre tant de sang en Angleterre. Elle semblait garantir, jusqu'à un certain point, le continent contre tout danger

de la pai't de l’Angleterre- Aussi les trente-cinq premièresannées du règne de Charles VI s’écoulèrent-elles sans qu’on pressentît le péril contre lequel la France allait se débattre. Pendant ce temps la puissance territoriale des princes de sa maison, sinon celle du roi lui-même, prenait des développements de bon augure, semblait-il, pour l’avenir ; ce fut l’époque des agrandissements territoriaux des ducs d’Anjou et de Bourgogne, fils du roi Jean.

Louis, duc d’Anjou, avait été institué par la reine Jeanne de Naples son héritier universel ; en 1382, après la mort de cette princesse, il prit possession du comté de Provence que sa postérité masculine conserva pendant un siècle et qui revint alors au roi Louis XI, de la couronne duquel il avait été jusqu’alors indépendant. Louis d’Anjou ne parvint pas à assurera ses héritiers la possession du royaume de Naples : une branche cadette de la première maison royale d’Anjou réussit à s’y maintenir. Son petit-fils René devint, en 1419, duc de Bar (Bar-le-Duc) en vertu de la cession que le cardinal-duc Louis de Bar, son grandoncle maternel, lui fit alors de ses états qui, je vous l’ai dit, s’étendaient hors des limites du royaume capétien, et il épousait, l’année suivante, la fille unique et l’héritière présomptive du duc de Lorraine, Charles Ier, auquel il succéda en 1431.

Si l’agrandissement de la seconde maison d’Anjou devait être un jour profitable à la royauté, il en fut tout le contraire du considérable accroissement de la puissance bourguignonne, voulu et préparé par Charles V, négociateur du mariage de son frère Philippe le Hardi avec l’héritière présomptive du comte de Flandre Louis de Male. La mort de Louis de Male, en 1384, donna à Philippe le riche héritage de la maison de Dampierre : le comté de Flandre, s’étendant jusqu’aux bouches de 1 Escaut, le comté d’Artois, et le comté de Bourgogne (Franche-Comté) ; le comté de Nevers et la baronnie de Donzy dont l’union forma la province de Nivernais ; et enfin le comté de Rethel, le plus septentrional des fiefs relevant du comté de Champagne, qui répond à un peu plus du tiers du département actuel des Ardennes. Mais Philippe le Hardi ne remplit pas l’engagement secret qu’il aurait pris jadis envers Charles V, de restituer la Flandre française à la couronne à la mort de son beau-père. Ce chef delà seconde maison de Bourgogne ne fit pas, en dehors du comté de Charolais enclavé dans le duché de Bourgogne, d’autre acquisition importante ; mais il prépara aux siens la succession à un autre territoire qui

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