ACCROISSEMENT DE LA PUISSANCE BOURGUIGNONNE
ne le cédait guère connue importance à l’héritage flamand. La duchesse de Brabant et de Limbourg, tante maternelle de la duchesse de Bourgogne, la déclara, dès 1389, sa seule et unique héritière, et, le 7 mai 1404, dix jours exactement après la mort de Philippe le Hardi, elle lui résigna ses états par une donation entre vifs qui lui laissait la liberté de prendre comme successeur celui de ses fils qu’elle préférerait. Le choix de la légataire se porta sur le second de ses fils, Antoine ; les possessions néerlandaises de la maison de Bourgogne, déjà si considérables, se trouvèrent, à la seconde génération, partagées presque également entre les deux lignes aînées de cette maison: Jean, l’aîné des fils de Philippe le Hardi, ajoutant au duché et au comté de Bourgogne la Flandre et l’Artois avec la seigneurie de Malines, tandis que son frère Antoine possédait l’héritage brabançon, soit les duchés de Brabant et de Limbourg avec la seigneurie d’Anvers. Un moment cette ligne cadette parut même devoir primer l’aînée, du moins aux Pays-Bas : le duc Antoine devint, en 1411, duc de Luxembourg, du chef de sa seconde femme, Elisabeth de Gôrlitz. Il se fit tuer pour la France à Azincourt, mais le mariage de son fils aîné et successeur, le duc Jean, avec Jacqueline de Bavière, héritière des comtés de Hainaut, de Hollande, de Zélande et de Frise, en 1417, ouvrit à sa maison des perspectives plus vastes encore. Ainsi débuta la domination bourguignonne dans les Pays-Bas, qui ne devaient pas tarder à passer de la maison de Bourgogne à celle d’Autriche.
Le troisième des oncles paternels de Charles VI, Jean, duc de Berry, survécut à tous les autres enfants du roi Jean et mourut presque octogénaire en 1416; moins ambitieux que ses deux frères, il se contenta du riche apanage qui lui avait été constitué. Comme il ne laissa pas de fils, cet apanage devait légalement faire retour à la couronne : il y fut réuni en effet au mépris d’un engagement pris par Charles VI en 1409 et contraire à la loi qui régissait les apanages. Charles avait effectivement permis à son oncle de disposer du duché d’Auvergne et du comté de Montpensier en faveur delà duchesse de Bourbon, sa fille ; mais il obtenait en revanche que le duché de Bourbon, dorénavant considéré lui-même comme apanage, ferait retour à la couronne, ainsi que la dot de Marie de Berry, en cas de défaut d’héritier mâle issu des deux conjoints. Cet arrangement reçut son exécution neuf ans plus tard, après que Charles VII, fidèle exécuteur de la convention conclue par
son, père et qui, d’ailleurs, préparait la réunion du Bourbonnais, eût ordonné, le 4 juin 1425, que le duc de Bourbon serait rais en possession du duché d’Auvergne.
Mais à défaut de Jean de Berry, un autre fils de France, son neveu, Louis, d’abord duc de Touraine, puis duc d’Orléans, avait paru destiné à étendre l’influence française hors des limites du royaume. Son mariage en 1389 avec la fille d’un tyran italien, Galéas Visconti, qui était de fait le souverain de toute la Lombardie, lui donna, avec le comté de Vertus en Champagne et le comté d'Asti en Italie, une grosse fortune qui lui permit d’ajouter de nombreuses acquisitions au riche apanage qui lui fut définitivement constitué en 1392. Ce fut alors qu’on lui attribua le duché d’Orléans, le comté de Valois érigé postérieurement en duché-pairie en 1406, et le comté de Beaumont-sur- Oise, auxquels on joignit plus tard le comté d’Angoulême (uni au domaine en 1303-1318, puis à partir de 1354), le comté de Périgord confisqué, en 1399, sur Archambaud VI, et, sans compter d’autres domaines moins considérables, plusieurs châtellenies champenoises dont quelques-unes fort importantes. Château- Thierry, Châtillon-sur-Marne, Epernay, Sézanneet Chantemerle, lesquelles joignaient le duché de Valois au comté de Vertus que Louis possédait du chef de sa femme. Il est utile d’ajouter que le don de plusieurs de ces terres, notamment celui de Château- Thierry, de Châtillon-sur-Marne et de Montargis, fut révoqué après l’assassinat du donataire en 1407 ; mais l’héritage que le duc d’Orléans laissait à ses fils n’en était pas moins fort beau. La riche dot de Valentine de Milan avait donné à son mari les moyens d’acheter force belles seigneuries, telles que les comtés de Blois et de Dunois que le comte de Blois, Guy de Châtillon, lui avait vendus en 1391 ; la magnifique seigneurie de Coucy acquise en 1400 de Marie de Coucy, fille d’Enguerran VII et veuve de Henri de Bar, laquelle lui vendit encore, en 1404, le petit comté de Soissons ; enfin le duché de Luxembourg, ce dernier malheureusement sujet à un rachat qui eut pour effet de faire passer ultérieurement le Luxembourg à la maison de Bourgogne, puis à la maison d’Autriche, au lieu de rester dans celle d’Orléans qui l’eût uni à la couronne lors de l’avènement de Louis XII. C’est du chef de son aïeule Valentine Visconti que ce roi tenait ses droits au duché de Milan.
C était donc presque de toutes parts que se manifestait l’expan-