CONQUÊTES PASSAGÈRES EN ITALIE
alla finir ses jours dans le château de Loches, en Touraine.
En mai 1501, l’armée française quitta ses garnisons de Lombardie pour marcher vers le royaume de Naples que Louis XII avait partagé par avance avec Ferdinand le Catholique : laissant à ce prince la Pouille et la Calabre, il se réservait Naples, la terre de Labour et les Abruzzes. Trois mois plus tard, les Français entrèrent dans la capitale de l’état Napolitain ; mais la discorde ne tarda pas, au moment du partage, à désunir Français et Espagnols. Louis XII ressentit à plusieurs reprises les effets de lu duplicité du roi d'Espagne : finalement il perdit Naples qui, le 14 mai 1503, ouvrit ses portes à Gonzalve de Cordoue, le Grand Capitaine.
La maison de Valois avait perdu pour toujours ce royaume lointain, conquis à deux reprises différentes ; mais elle gardait en Italie le territoire de la république de Gênes et le duché de Milan. Ceux-ci, durant treize années, de 1499 à 1512, sous la domination paternelle du roi de France, semblaient une sorte de prolongement du royaume jusque sur les rives de l Adda, depuis que, par la Provence acquise en 1481, il confinait au territoire génois. On pouvait croire alors, — illusion que nourrira plus tard Napoléon lui-mème, — on pouvait croire que l’Italie septentrionale deviendrait, d’une manière durable, une annexe de l’état français.
On le crut d’autant plus lorsque le Milanais qui incluait alors, au sud du Pô, le Parmesan et le Placentin, se fut accru et renforcé de tous les pays compris entre l’Adda et le lac de Garde : Bergame, Brescia, Crème, Crémone, Peschiera et plusieurs autres places conquises sur les Vénitiens après la victoire d’Agnadel. Vérone, Vicence et Padoue envoyèrent même leurs clefs à Louis XII, mais ce prince loyal, ne voulant pas empiéter sur les droits de l’Empire, rendit les clefs à l’ambassadeur de Maximilien, alors son allié, bien que ce dernier n’eût pas pris une part sérieuse à la guerre contre Venise.
Louis XII, en cette circonstance, força l’admiration de l’empereur qui, reconnaissant de cette loyauté, brûla, dit-on, le fameux livre rouge où il avait écrit de sa main tous ses griefs contre la France depuis le temps de Louis XI, Mais la domination française en Lombardie finit par succomber, en 1512, sous la quadruple coalition du Pape, de l’Espagne, des Suisses et des Vénitiens. Malgré la sanglante victoire de Ravenne, il fallut
abandonner le Milanais où Maximilien Sforza, fils de Ludovic le More, fut rétabli par les Suisses, puis le comté d’Asti, ce vieil héritage de la maison d’Orléans, et enfin Gênes qui, le 29 juin 1512, proclamait un nouveau doge. Les tentatives ultérieures de Louis XII sur la Haute Italie n’eurent aucun succès.
Ainsi les deux rois dont, à notre point de vue spécial, nous avons aujourd’hui étudié les règnes, subissant l’impérieuse influence du mouvement qui entraînait désormais les Français au delà des Alpes, avaient été chercher dans l’Italie méridionale une seconde couronne royale à laquelle Louis XII prétendait joindre la couronne ducale de Milan. En agissant ainsi en vertu de droits héréditaires indéniables, l’un et l’autre avaient cru prendre le meilleur moyen d’augmenter la gloire et l’éclat du pays dont Dieu leur avait confié les destinées et, malgré l’avortement final de leurs espérances d’abord couronnées d’un succès dont la rapidité stupéfiait leurs adversaires, le royaume de France n’en était pas moins considéré, au commencement du xvie siècle, même par le monarque qui ceignait alors sa tête de la couronne impériale, comme le plus enviable du monde chrétien Aussi riche en titres de chancellerie qu’il était pauvre en titres de propriétés ou en numéraire, l’empereur Maximilien faisait alors cette plaisanterie : connue « Si j’étais Dieu et que j’eusse plusieurs enfants, je ferais l’aîné Dieu après moi, et le second roi de France. »
C’est qu'en réalité, malgré l’insuccès final de leurs tentatives au delà des monts, malgré les sacrifices territoriaux dont lefils de Louis XI avait acheté la liberté de les entreprendre, le royaume de France n’avait pas périclité entre leurs mains. En assurant l’annexion de la Bretagne à la couronne, Charles VIII et même Louis XII, avaient rendu à la cause de l’unification nationale un immense service. L’empressement apporté par le second à réparer la passagère et dangereuse faiblesse par laquelle, cédant aux obsessions de la reine-duchesse, il avait risqué de compromettre, au profit de la maison d’Autriche, la solidité de l’édifice capétien, donne à croire qu’il ne perdait pas de vue la mission de sa race, et son dernier acte politique n’est pas pour contredire pareille présomption. Dans les luttes qui accompagnèrent la dernière tentative de Louis XII pour restaurer son autorité en Lombardie, Tournai et la petite circonscription dont cette ville était le chef-lieu, Tournai uni au domaine royal depuis 1320 et