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MARIAGE DE CLAUDE DE FRANCE

nion étant en mouvement : partout en France 011 souhaitait le mariage de la fille du roi avec le jeune comte d’Angoulème, partout on repoussait l’alliance autrichienne. Les Etats Généraux furent assemblés à Tours et demandèrent au roi une audience solennelle, le 14 mai 1506. Dans la grand’salle du château de Plessis, Thomas Bricot, chanoine de Notre-Dame, député de Paris, porta la parole au nom des Etats : il énuméra les bienfaits et les actions louables du roi : réduction des tailles aux trois quarts, répression des gens de guerre, réforme de la justice, et décerna à Louis XII le titre glorieux de Père du Peuple, que l’histoire lui a conservé ; puis, mettant le genou en terre ainsi que tous les autres députés : «Sire, ajouta-t-il, nous sommes venus ici, sous votre bon plaisir, pour vous faire une requête tendant au bien général de votre royaume, à savoir qu’il vous plaise donner madame votre fille unique à monsieur François, ci présent, qui est tout français. »

Le lendemain, les députés de la Bretagne se présentèrent au roi et appuyèrent la demande. Si la Bretagne n’entendait point être absorbée dans le royaume de France, elle désirait sincèrement lui être unie. Les Bretons montrèrent en cette occasion des sentiments plus français que la reine de France.

Le Grand Conseil, renforcé par plusieurs membres des Parlements et consulté par le roi, se prononça pour l’affirmation. Les Etats furent rappelés le 19 mai et le chancelier leur annonça les fiançailles, pour le surlendemain, les invitant à figurer en corps à la cérémonie. La solennité eut lieu au jour convenu et l’assemblée qui, on peut le dire, avait bien mérité delà patrie, se sépara aussitôt après.

La reine Anne, gardant au fond de son cœur l’espoir de renouer avec Charles d’Autriche, traîna de délai en délai, huit ans durant, pour accomplir l’engagement pris avec les Etats de 1506 ; mais, quatre mois après sa mort (9 janvier 1514), Louis XII maria sa tille aînée — une seconde fille, Renée, lui était née depuis peu — à cet héritier présomptif du trône, François, comte d’Angoulème, qui avait alors dix-neuf ans. Le 17 octobre suivant, bien que, par son contrat de mariage, la Bretagne eût été destinée au second enfant d’Anne, il en investit la nouvelle mariée, sans opposition dans le duché. Les Etats de Bretagne prêtèrent serment à Claude et à son époux et obtinrent que le gouvernement en fût remis au comte François. Le 1er janvier 1515, la mort de Louis XII faisait

a88 CHAULES VUl ET LOUIS XII. — RÉUNION DE I.A BRETAGNE

de son gendre le roi François Ier, et l’aimante Claude de France, devenue reine, lui transportait le don de la Bretagne, à titre d’héritage perpétuel, même au cas où il lui survivrait sans qu’elle laissât d’enfants. Ainsi rien ne menaçait plus l’annexion si laborieusement acquise ; mais, pour avoir été contractée à travers tant de vicissitudes, l’union ne fut que plus durable.

A vous raconter les difficultés que rencontra l’union définitive de la Bretagne, difficultés qui dominent presque tout le règne de Louis XII, j’ai perdu de vue les conquêtes de ce prince que les Etats de Tours qualifièrent de « Père du Peuple ». Mais aucune de ses acquisitions au delà des monts ne fut durable ; c’est que, suivant les errements de Charles VIII et encore ignorant des véritables destinées de la France, il se laissa entraîner à faire valoir les droits de ses prédécesseurs sur le royaume de Naples, et ceux que, du chef de Valentine Visconti, son aïeule, il tenait personnellement sur le duché de Milan alors gouverné par Ludovic le More, l’un des fils du fameux François Sforza.

C’est en 1499 et parle Milanais qu’il entama la lutte en Italie. Le 13 août, l’armée partit d’Asti, chef-lieu d’un comté qu’il possédait au delà des Alpes, et qui, un siècle auparavant, avait constitué une partie de la dot de Valentine Visconti ; cette armée entrait à Milan le 14 septembre. La rapide soumission des pays environnants entraîna celle de Gênes; cette république, qui avait reconnu la souveraineté des Valois de 1396 à 1410, puis de 1458 à 1461, suivait en vassale les mouvements de la politique milanaise; au bruit des revers de Ludovic le More, Gênes chassa ses gouverneurs, créatures du duc de Milan, et pour la troisième fois se mit sous l’autorité de la couronne de France. Louis XII fit son entrée solennelle à Milan, le 6 octobre, et put repasser les Alpes au bout de quelques semaines après y avoir établi un Parlement sur le modèle des cours souveraines de France, révoqué les ordonnances vexatoires des Sforza sur la chasse et conclu, en vue de ses projets sur Naples, des traités d’alliance avec la république de Florence, le marquis de Mantoue, le duc de Ferrare et le seigneur de Bologne. On dut, l’hiver suivant, défendre le Milanais contre un retour offensif de Ludovic le More qui, prisonnier cette fois,

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