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LA FRANCE PERD SES FRONTIÈRES NATURELLES

lie, la péninsule ibérienne et l’Allemagne. Ce n’est plus là l’histoire de la formation territoriale de notre patrie : la France n’était alors que l’embryon d’un état colossal. Il me suffira de rappeler que cet éphémère et brillant Empire reçut, dans la désastreuse retraite de Russie, le coup fatal qui détermina sa chute. Alors une dernière coalition, à laquelle adhérèrent, à la fin de l’année 1813, les princes et les peuples de la Confédération du Rhin, eut raison de la France de Napoléon. Cependant, après les terribles journées de Leipzig, la France était encore intacte et les Alliés, après avoir délivré l’Europe, hésitaient à compromettre de nouveau ses destinées en poussant l’empereur trop loin. Par la déclaration de Francfort (1er décembre 1813), ils proposaient une paix qui garantît l’indépendance de l’Empire français comme des autres états. « Ils désiraient, disaient-ils, voir « la France forte, grande, heureuse, parce que sa puissance « était un des fondements de l’édifice social », et ils lui offraient pour frontières ses limites naturelles, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. — Napoléon refusa et, moins de six mois après, le traité de Paris, le 30 mai 1814, rétablissant le trône des Rourbons, renfermait la France dans ses limites de 1790, en y joignant le Comtat-Venaissin, la principauté de Montbéliard et quelques parcelles de territoires ajoutées aux départements des Ardennes,

| de la Moselle, du Bas-Rhin et de l’Ain ; une partie de la Savoie, c’est-à-dire Chambéry et Annecy, pai'tie occidentale du département du Mont-Blanc, nous demeui’a.

La France perdait, avec ses frontières naturelles, le fruit de vingt-deux ans de luttes glorieuses ; elle perdit plus encore à la grande aventure que tenta, dix mois plus tard, Napoléon revenant de l’île d’Elbe. Le second traité de Paris, le 20 novembre 1815, l’entama plus durement que le traité de 1814. Les villes de Philippeville, Marienbourg, Bouillon, Sarrelouiset Landau nous furent prises et notre frontière du nord en demeura affaiblie ; nous dûmes également céder la partie delà Savoie laissée à la France en 1814.

Sous une suite de gouvernements réparateurs s’écoulèrent quarante-quati'e années sans qu’aucune nouvelle annexion fût venue modifier nos frontières d’Europe. Les événements de 1859 qui furent le point de départ de la création de l’unité italienne et dans lesquels la France apporta un si pi'écieux concours à la cause de l’Italie, nous donnèrent l’occasion de compléter notre

LA. FIN DE L’ANCIEN RÉGIME

frontière du côté des Alpes. Par le traité du 24 mars 1860, le roi de Sardaigne, le futur roi d’Italie, cédait à Napoléon III la Savoie et l’arrondissement de Nice ; peu après, les électeurs de ces territoires, appelés à se prononcer par le suffrage universel sur l’annexion à la France, votèrent à une quasi-unanimité cette annexion et vinrent reprendre leur place dans la grande famille française.

L’opinion publique chez nous était alors favorable à l’unité italienne et au principe des nationalités fondées sur le langage. Les politiques qui s’en faisaient les interprètes dans la presse aidèrent puissamment à la création du royaume d’Italie. Ils préparèrent en même temps le triomphe des mêmes principes au delà du Rhin, c’est-à-dire la formation de cette unité allemande qui devait nous être si funeste. Depuis longtemps, de l’autre côté du Rhin, on familiarisait le peuple par tous les moyens, livres, cartes, journaux, avec cette idée que les pays de langue germanique devaient être unis à la patrie allemande. « Pas unvil- « lage où l’on parle allemand, s’écriait-on, ne doit être perdu « pour l’Allemagne. » Cependant nos politiques à courte vue n’entrevirent pas combien cette doctrine serait défavorable à la France : en 1866, ils applaudirent à la dissolution de la Confédération germanique, laquelle était hors d’état de nous nuire, et à la défaite de l’Autriche par les Prussiens, ceux de tous les coalisés de 1814 et 1815 qui s’étaient alors montrés les plus haineux envers notre pays. Et, quatre ans plus tard, ils s’étonnèrent de voir l’Allemagne nous ravir, avec l’Alsace, la Lorraine septentrionale 1

En nous enlevant, par le traité de Francfort, l’Alsace et la Lorraine septentrionale, la Germanie — • ou plutôt la Prusse — mettait en pratique les doctrines dont je viens de parler. Cependant elle les violait en ce qui concerne le territoire de Metz, français de langue depuis huit siècles au moins et dont l’annexion était, à son avis, commandée par des nécessités stratégiques ; elle violait en même temps le droit moderne des nations civilisées en enlevant l’Alsace à une patrie qu’elle regrette encore, sans avoir au préalable consulté les populations annexées.

Vingt ans ont passé depuis lors : les sentiments des Lorrains et des Alsaciens n’ont pas varié ; aussi ai-je vu, il y a quelques années, de fervents adeptes du principe des nationalités linguistiques se demander avec une sorte d’anxiété, en face des senti-

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