DIVISION DE LA FRANCE EN DÉPARTEMENTS
Par décret du 17 janvier 1790, l’Assemblée nationale, désireuse de simplifier l’administration, abolit les circonscriptions d’ordre militaire (gouvernements), d’ordre administratif (généralités et intendances), d’ordre judiciaire (bailliages et sénéchaussées) et d’ordre ecclésiastique (diocèses). A ces divisions, elle substitua quatre-vingt-trois départements dans lesquels on devait réunir toutes les branches d’administration. Les hommes nouveaux se flattaient de faire perdre ainsi jusqu’au souvenirde nos vieilles provinces. Vingt-un ans plus tard, par suite de conquêtes successives, le territoire français, augmenté de moitié environ, formait cent trente départements, sur lesquels la France de 1792 en I comptait quatre-vingt-six par suite de l'organisation du dépar- | tement de Vaucluse, le 26 juin 1793, de la division du département de Rhône-et-Loire en deux départements distincts, le Rhône et la Loire créés, en novembre 1793, après la réduction de Lyon par la Convention, enfin de la création du département de Tarn-et- Garonne formé en 1808 de cantons distraits du Lot, du Lot-et- Garonne, de l’Aveyron et delà Haute Garonne.
Mais quand la France s’étendit de nouveau par des conquêtes, la royauté n’existait plus. Elle avait péri après la journée du 10 août 1792. Quand elle en décréta la fin, dès le jour de son installation (21 septembre 1792), la Convention ouvrit l’ère républicaine.
I Cette grande révolution et le mouvement qu’elle proclamait alarmèrent justement toute l’Europe. Déjà l’Autriche et la Russie 1 avaient manifestéleurs dispositions hostiles par la déclaration de I Pilnitz (27 juin 1791); la France y avait répondu en les attaquant (avril 1792). Les alliés qui, prenant l’offensive à leur tour, marchaient sur la capitale après la reddition de Verdun, furent repoussés à Valmy et vaincus à Jemmapes.
ILa France était dégagée, les Pays-Bas autrichiens ou comme on disait déjà depuis trois ans, dans le langage nouveau, la Belgique, envahie et conquise et le drapeau tricolore porté au nordest, jusqu’à Mayence et au delà du Rhin, au sud-est, jusqu’au Mont-Blanc et à la naissance des Alpes : ces derniers pays enlevés au roi de Sardaigne formaient déjà deux départements français, celui du Mont Blanc représentant la Savoie, et celui des Alpes-Maritimes formé du comté de Nice.
LA FIN DE L’ANCIEN RÉGIME
Mais ce premier essor fut brusquement arrêté ; l’Autriche, la Prusse et tout l’Empire germanique, la Hollande, l’Angleterre , le Portugal, l’Espagne, les Deux-Siciles, le Pape, la Sardaigne, toute l’Europe à qui la Convention avait jeté en défi la tête de l’infortuné Louis XVI, se réunit en une vaste confédération qui , cernait la France de toutes parts. 1793 fut une année de déchirements et de ruines : guerre étrangère aux frontières, guerre civile à l’intérieur, et la terreur partout. Cependant cette' crise eut une heureuse fin. Valenciennes, abandonnée par l’armée du Nord après la bataille de Famars, arrêta pendant près de trois mois plus de 100. 000 hommes ; elle succomba le 28 juillet 1793, après un bombardement de quarante-trois jours, mais l’ennemi n’alla pas plus loin. Nos armées reprirent l’offensive, la Belgique fut reconquise parla bataille de Fleurus (26 juin 1794), la Hollande, abordée au milieu de ses glaces en janvier 1795 ; par toutes les frontières, la France se répandait en armées ivres de révolutions et de conquêtes. Les peuples les plus menacés 1 s’empressèrent de l’arrêter par des sacrifices,, et la fin du régime de la Terreur, tout en justifiant à leurs yeux ces démarches, rendait plus faciles les négociations. Dès 1795, le grand-duc de Toscane, la Prusse, la Hollande, l’Espagne et l’électeur de Hesse-Cassel demandèrent ainsi et obtinrent la paix. La Prusse, par le traité de Bâle, cédait provisoirement toutes ses provinces de la rive gauche du Rhin, c’est-à-dire la Haute-Gueldre et le duché de Clèves ; l’électeur de Hesse traitait aux mêmes conditions, abandonnant à la France Rheinfels, Saint-Goar, etc. La Hollande nous laissait la Flandre hollandaise, une partie du i Limbourg (Maëstricht et Venloo) et la Gueldre méridionale, gardant ainsi toutes les branches du Rhin et même le Brabant septentrional, mais elle changeait sa constitution, entrait dans l’alliance de la Républiqne française et mettait à la disposition de celle-ci sa marine et sa flotte. La Convention décréta alors — le 1er octobre 1796 — la réunion à la France de la Belgique, et ce pays forma, avec les territoires cédés par la Hollande, neuf départements : la Lys (Bruges), l’Escaut (Gand), Jemmapes (Mons), la Dyle (Bruxelles), les Deux-Néthes (Anvers), l’Ourthe (Liège), la Meuse inférieure (Maëstricht), Sambre-et-Meuse (Namur) et les Forêts (Luxembourg). Le grand dessein des Bourbons formé par Henri IV, poursuivi par Richelieu et Mazarin, presque achevé par Louis XIV, la Convention l’accomplissait. La France
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touchait enfin à ses limites naturelles, au nord et au nord-est, au cours du Rhin, au sud-est, à la crête des Alpes atteinte depuis quatre ans déjà, mais dont le roi de Sardaigne était maintenant contraint de consacrer l’abandon.
La guerre sévissait encore contre l’Autriche et l’Allemagne et en Italie ; mais si, en Allemagne, les succès étaient partagés, du côté de l’Italie rien n’arrêta plus les Français quand ils eurent à leur tête le général Bonaparte. Victor- Amédée III, cinq mois avant sa mort, dut abandonner par traité la Savoie et le comté de Nice occupés depuis 1792, et ouvrir aux armées françaises toutes ses places fortes ; l’Italie septentrionale, enlevée à l’Autriche par les plus belles victoires qui en aient jamais illustré les plaines, vit ses villes appelées à l’indépendance et organisées en républiques. Tous les souverains italiens implorèrent la paix et le pape Pie VI lui-même, par le traité de Tolentino (19 février 1797), consacra la réunion à la France d’Avignon et du Comtat Venaissin. Enfin, par la paix de Campo-Formio (17 octobre 1797), l’Autriche confirmait à la République la possession des provinces belgiques déjà réunies et consentait à l’abandon de la rive gauche du Rhin depuis Bâle jusqu’au confluent de la Nèthe, y compris la ville de Mayence; c’est alors qu’on organisa, le 24 janvier 1798, les quatre départements de la Sarre (Trêves), du Rhin-et-Moselle (Coblentz), du Mont-Tonnerre (Mayence) et de la Roër (Aix-la-Chapelle). Les troubles de la Suisse et l’intervention française dans ce pays avaient encore donné à la France le territoire de Mulhouse, qui fut rattaché au département du Haut-Rhin, et le territoire de Genève, qui forma le département du Léman.
Le traité de Campo-Formio ne constitua en réalité qu’une trêve de dix-huit mois ; car une nouvelle coalition dirigée par l’Autriche se forma contre la France, dès le 8 avril 1799, dans l’espoir de lui arracher le fruit des guerres précédentes. Mais, avant cet événement, le Directoire avait pris tous ses avantages en attaquant ses ennemis encore isolés. Il avait puni les rois de Sardaigne et de Naples de leurs intelligences avec les alliés en les chassant du continent : le Piémont fut cédé par le premier à la République française, le 9 décembre 1798, et soumis à une administration provisoire ; le royaume deNaples, conquis par Championnet, devint la République parthénopéenne. La nouvelle coalition fut d’abord victorieuse dans la péninsule, où elle rétablit le Pape
LA FIN DK L’ANCIEN RÉGIME
et le roi de Naples ; mais bientôt Bonaparte, revenu d’Egypte et nommé Premier Consul, reconquit l’Italie, et le traité de Lunéville était conclu, le 9 février 1801, sur les bases de celui de Campo-Formio. L’Angleterre elle-même signait, un an plus tard, la paix d’Amiens (27 mars 1802).
Le traité d’Amiens avait pour la France d’importants résultats. Sans faire aucun sacrifice sur le continent, sans abandonner aucune des républiques nouvelles qui lui formaient, sur presque toutes ses frontière du nord et de l’est, comme un premier rempart, elle recouvrait par la paix ce qu’elle n’était pas en mesure de reconquérir par la guerre : ses colonies des Indes et de l’Amérique. Reconnue par toutes les puissances européennes qu’elle avait successivement désarmées, la République française s’étendait, une et forte, dans l’enceinte des limites naturelles de la Gaule, du Rhin aux Pyrénées, de l'Océan aux Alpes et, au delà des Alpes, jusqu’en Italie, ce grand champ de bataille où, non contente d’avoir des avant-postes dans les républiques italienne ou cisalpine et ligurienne, formées à son exemple, elle avait voulu prendre elle-même position en face de l’Autriche ; le Piémont, occupé depuis 1798, mais soumis jusqu’alors à une administration provisoire, fut définitivement réuni le 11 septembre 1802 et forma six départements : la Doire (Ivrée), la Sesia (Verceil), le Pô (Turin), la Stura (Coni), le Tanaro (Asti) et Marengo (Alexandrie). Seize jours auparavant, l’île d’Elbe avait été également annexée à la République dont elle fut un département.
Bonaparte ayant été élevé à la dignité impériale, le 18 mai 1804, tout, autour de la France, se transforma à l’image de notre pays . La république italienne, d’abord connue sous le nom de cisalpine, devint, le 18 mars 1805, le royaume d’Italie et Napoléon, roi d’Italie, en donna la vice-royauté à son beau-fils Eugène de Beauharnais. Le 25 mai suivant, la république ligurienne demanda à faire partie intégrante du nouvel Empire et forma les trois nouveaux départements de Montenotte, de Gênes et des Apennins. Je n’ai pas à raconter par le menu les agrandissements de l’Empire français qui engloba successivement Parme, Plaisance et la Toscane en 1807, les états du Pape en 1809, les provinces illyriennes, le royaume de Hollande en 1810, la Catalogne en 1812. Je n’ai point non plus à m’occuper de la formation des royaumes et des autres états soumis à l’Empire dans l’Ita-