VELAT ET GÉVAUDAN AUX ÉVÊQUES DU PUY ET DE MENDE
vergne dans celles de l’évèque du Puy. Guillaume d’Auvergne était ce comte de Puy dont Louis le Jeune, en 1162, était venu punir les méfaits envers l’église cathédrale et que, durant quelque temps, il avait retenu prisonnier. Il est probable qu’à sa mort, arrivée en 1169, le comté du Puy ou de Velay fut transporté à l’évêque ; car, non seulement ce comté ne passa pas à la postérité de Guillaume d’Auvergne, mais il semble résulter de conventions conclues, en 1169 et 1171, entre l’évêque du Puy et le vicomte de Polignac, qu’il n’y avait plus alors de comté laïque et que l’évêque possédait la suzeraineté de tout le Velay.
Une révolution identique paraît s’être accomplie, au temps de Louis le Jeune, dans le Gévaudan, pays situéau sud du Velay. Il est possible, comme l’a conjecturé Dom Vaissette, que Raimond de Saint-Gilles qui, à la fin du xie siècle, se qualifiait comte de Gévaudan, ait aliéné ce comté en faveur de l’évêque pour faire face aux dépenses excessives qu’il fit à l’occasion de la croisade. Ce n’est cependant qu’en 1161 que l’évêque de Mende, Audebert de Tournel, apparaît pour la première fois comme seigneur du Gévaudan.
L’acquisition des comtés de Velay et de Gévaudan par les évêques de ces deux pays constitue, dans les provinces de la France méridionale, un important progrès de la royauté capétienne protectrice des églises et qui, jusqu’au règne de Louis le Gros, n’avait eu aucune occasion d’intervenir dans les affaires des pays de langue d’oc qu’elle allait bientôt être app.elée à faire entrer, en partie, dans le domaine de la couronne.
Mais je n’anticiperai pas sur le récit des événements, et il me reste à résumer le règne de Louis VIL Ce long règne de quarantetrois ans fut, je le répète, au point de vue de l’accroissement du pouvoir royal, un desplus inféconds parmi ceux des prédécesseurs de Philippe Auguste. Notons, en ce qui concerne le domaine, la perte du minuscule comté de Dreux qui sei'vit à la dotation d’un fils de France, et la perte, en ce qui touche la suzeraineté, de la Marche d’Espagne ou comté de Barcelone, qui depuis longtemps n’était plus qu’une dépendance nominale du royaume.
En revanche la frontière du royaume se rapproche du Rhône, par l’adjonction du comté de Forez, et elle atteint même le fleuve vis-à-vis de Vienne, par la châtellenie de Saint-Chamont rattachée au royaume en 1167. En outre, la substitution de l’é-
LOUIS VU
vêque au comte laïque du Gévaudan et au comte laïque du Puy rattache plus étroitement ces deux pays à la royauté.
Philippe Auguste allait succéder à Louis le Jeune et réaliser le vœu cjue son père, accablé par le poids des ans, exprimait en 1177, dans la dernière entrevue qu’il eut, à Graçay-en-Berry, avec le roi Henri II d’Angleterre, l’adversaire qu’il combattait depuis vingt-cinq ans. « O roi, depuis le commencement de votre règne « et avant, vous m’avez comblé d’outrages en foulant aux pieds « la fidélité que vous me deviez et l’hommage que vous m’aviez « prêté ; et de tous ces outrages, le plus grand, le plus manifeste, « c’est votre injuste usurpation de l’Auvergne que vous détenez « au détriment de la couronne de France ! Certes la vieillesse « qui me talonne m’ôtela force de recouvrer cette terre et d’autres; « mais devant Dieu, devant ces barons du roj^aume et nos fidèles, « je proteste publiquement pour les droits de ma couronne et « notamment pour l’Auvergne, le Berry et Châteauroux, Gisors « et leVexin normand, suppliant le Roi des rois, qui m’a donné « un héritier, de lui accorder ce qu’il m’a dénié : la grâce de « recouvrer ces droits ! Donc je confie la cause du royaume à « Dieu, à mon héritier et aux barons delà couronne ! »
Je vous rappellerai dans la prochaine leçon, comment Philippe Auguste justifia l’espoir exprimé par son père en cette éloquente apostrophe, dont nous devons la conservation à un écrivain gallois, Giraud le Cambrien ’.
1. Giraud le Cambrien, De inslructione principes, distinctio III, cap. 1.