NORMANDIE, ANJOU, ETC , RATTACHÉS A LA COURONNE IO
Saintes et d’un certain nombre de châteaux dont le cartulaire de Philippe Auguste ne mentionne qu’un seul: Montreuil-Bonnin.
La conquête de la Normandie, de l’Anjou et de la partie nord du duché de Guyenne donna en outre au roi de France la suzeraineté directe d’un grand nombre d’importantes baronnies parmi lesquelles je citerai le comté de Bretagne et les comtés moins importants d’Eu, d’Aumale, de Longueville, de Mortain, du Perche et d’Alençon, qui relevaient du duché de Normandie ; le comté de Vendôme, la vicomté de Beaumont et les seigneuries de Mayenne, de Laval, de Craon et d’Amboise, qui relevaient du comté d’Anjou ; les comtés de la Marche, d’Angoulême et de Périgord, les vicomtés de Thouars, de Châtellerault, d’Aulnay, de Limoges, de Turenne et de Ventadour (ces trois dernières en Limousin) ; les seigneuries de Mauléon, de Parthenay, de Talmont et de Lusignan, qui mouvaient du duché de Guyenne.
La royauté française atteignait ainsi un degré de puissance qu’elle n’avait pas connu depuis le traité de Verdun ; les conquêtes de Philippe Auguste furent une réparation du désastre qui résultait pour la France du divorce de Louis VII et d’Aliénor de Guyenne. On peut même dire qu’elles l'effacèrent complètement ; car, si la partie méridionale de l’héritage d’Aliénor restait aux mains du dernier de ses fils, la royauté française pouvait s’en consoler puisque, en dehors de la partie septentrionale du Poitou, elle possédait maintenant 1 héritage entier d’Henri Plantegenêt formé, en 1149, de l’union des possessions françaises de Guillaume le Bâtard avec celles des comtes d’Anjou.
Et, survivant à son second mari et à ses trois fils aînés, Aliénor, chose horrible à penser ! vit l’effondrement de la fortune de sa maison, car elle mourut seulement le 31 mars 1205, âgée de plus de quatre-vingts ans.
L’Artois, l’Amiénois, le Vermandois et le Valois rattachés à la couronne, la conquête de la Normandie et de ses annexes, le Maine etla Touraine, et celle de la plus importante partie du vaste duché de Guyenne — et par suite l’abaissement des Plan-
1 lO PHILIPPE AUGUSTE, LE PLUS GRAND OUVRIER DE l’uNITÉ FRANÇAISE
tegenèls — seraient suffisants pour assurer à Philippe Auguste l’un des premiers rangs parmi les rois capétiens qui ont travaillé à former l’unité française. Le fils de Louis le Jeune avait ainsi triplé, pour le moins, l’étendue du domaine royal et soumis plus étroitement à sa couronne des barons français qui jusque-là n’en avaient été que les arrière-vassaux obéissant, le plus souvent, à un ennemi déclaré de la royauté française. Mais je suis loin d’avoir énuméré toutes les acquisitions dont le domaine royal fut redevable à Philippe Auguste, car ce prince rattacha en outre une dizaine de comtés et quelques seigneuries importantes : ce sont ces annexions que je vais passer en revue selon l’ordre dans lequel elles se produisirent.
Vous savez tous, Messieurs, — et je l’ai rappelé dans la dernière leçon à l’occasion du second mariage d’Aliénor de Guyenne, — que l’héritière d'un fief ne pouvait, sous peine de confiscation de ce fief, se marier sans l’agrément de son suzerain. Dans la première moitié de son règne, Philippe Auguste usa, à deux reprises au moins, et pour le plus grand bien du domaine royal, du droit, que lui donnait en quelque sorte la constitution féodale, de désigner l’époux de la comtesse de Nevers. Ce fut une première fois en 1184, lorsqu’il donna Agnès, comtesse de Nevers et d’Auxerre pour femme à un petit-fils de France, Pierre de Courtenay, son cousin germain. Pierre de Courtenay, pour reconnaître les bons offices du roi, dut céder à la couronne la seigneurie de Montargis qui lui appartenait en pi’opre. Quinze ans plus tard, Philippe Auguste recevait, dans les mêmes conditions, la seigneurie de Cien de Hervé de Donzy qu’il mariait avec la jeune comtesse Mahaut, fille unique d’Agnès de Nevers et de Pierre de Courtenay. Les deux seigneuries de Montargis et de Cien, situées à l’est de l’Orléanais, entre le Gâtinais royal et la vicomté de Bourges, vinrent arrondir, de ce côté, le domaine royal.
On peut s’étonner, en raison de ces précédents, que Philippe n’ait rien tiré d’un autre prince de la maison capétienne, Pierre de Dreux, autrement dit Pierre Mauclerc, qu’il donna pour époux, en 1212, à Alix de Thouars, héritière du comté de Bretagne. Il est vrai qu’avant le mariage, le roi exigea de Pierre qu’il lui ferait hommage lige et qu’il recevrait les hommages des barons bretons avec cette clause : « sauf la fidélité due au roi de France, notre sire ». C’était rattacher étroitement au royaume de France la Bretagne, qui, jusque-là, avait été à peu près indépendante, et ce