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HÉ 11 K ION DE L’ AUVERGNE AU DOMAINE ROYAL

résultat valait mieux que l’acquisition d’une belle châtellenie.

Vers le temps où, grâce à la cession de Hervé de Donzy, Gien était rattaché au domaine royal, Philippe Auguste y unissait également le petit comté de Meulant, situé sur les deux rives de la Seine et qui relevait sans doute du Vexin français dans lequel il était pour ainsi dire enclavé ; il l’unit à la couronne après l’avoir confisqué sur le comte Robert IV, vassal, en Normandie et en Angleterre, des rois Richard et Jean dont il suivit constamment le parti dans les guerres que ces princes soutinrent contre le roi de France ; et une charte de novembre 1199 prouve que Meulant était, dès ce moment, aux mains du roi.

C’est aussi par confiscation que le roi mit la main, en 1212, sur toutes les possessions du comte Renaud de Dammartin convaincu de félonie, possessions dont les principales étaient, en dehors du comté de Dammartin, le comté de Boulogne, relevant de l’Artois, et ceux de Mortain et d’Aumale mouvant de la Normandie. Toutefois Ces fiefs ne furent unis au domaine de la couronne que d’une façon tout à fait transitoire puisque, depuis onze ans déjà, la fille unique de Renaud était fiancée au fils de Philippe Auguste et d’Agnès de Méranie, Philippe Hurepel, auquel les biens de Renaud passèrent en 1223, après la mort de Philippe Auguste.

Tandis que le roi confisquait les terres de Renaud de Dammartin, il chargeait Gu}’’ de Dampierre, seigneur de Bourbon, de réduire à merci le comte Guy II d’Auvergne qui, à l’exemple de son trisaïeul et de son aïeul, successivement châtiés par Louis le Gros et Louis le Jeune, molestait l’évêque de Clermont et venait de détruire de fond en comble, en 1211, l’abbaye de Mozac. Au dire d’un chroniqueur limousin, le seigneur de Bourbon enleva cent vingt places du comte d’Auvergne et la province d’Auvergne fut unie au domaine de la couronne. Guy II conserva toutefois la jouissance du château et de la châtellenie de Vic-le-Comte, située à peu de distance au nord d’Issoire, sur la rive gauche de l’Ailier, et celle de quelques autres terres, qu’il transmit à sa postérité avec le titre de comte d’Auvergne. Quant à. la ville de Clermont, elle passa définitivement ou du moins pour trois cent quarante ans à l’évcque qui, en 1202, l’avait reçue en garde du comte son frère.

La conquête de la terre d’Auvergne est la dernière qu’il fut donné à Philippe Auguste d’accomplir ; en effet, la victoire de

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Bouvines (juillet 1214) par laquelle le roi de France brisa la coalition où figurait en première ligne l’empereur d’Allemagne, si elle mit pour longtemps le royaume à l’abri des menaces étrangères, ne valut à la couronne aucun accroissement territorial. Cependant Philippe Auguste, dans les neuf années qui lui restaient à vivre, trouva encore l’occasion d’enrichir le domaine royal.

En 1215, le roi de France, que le roi Jean d’Angleterre faisait prier de lui rendre moyennant finances une partie de son héritage confisqué, fit répondre à ce prince qu’abondamment pourvu d’argent, il désirait plutôt acheter que vendre des terres, si toutefois il s’en trouvait quelque part à vendre. Se conformant désormais à cette ligne de conduite, Philippe Auguste ne perdit aucune occasion de réunir au domaine de la couronne les fiefs qui, les héritiers directs faisant défaut, étaient revendiqués par de nombreux collatéraux. Ainsi fit-il, en 1218, du comté de Clermont-en- Beauvaisis, après la mort du comte Thibaut de Blois ; en 1219, du comté d’Alençon, en Normandie, après la mort du comte Robert IV ; en 1220, de la seigneurie de Nogent-l’Erembert (aujourd’hui Nogent-le-Roi, à quatre lieues au sud-est de Dreux), alors partagée entre la comtesse de Blois, et sa sœur, la comtesse de Chartres ; en 1221, de la seigneurie d’Issoudun en Berry, définitivementacquise des héritiers de Mahautd’Issoudun, femme de Guillaume de Chauvigny ; enfin en avril 1223, du comté de Beaumont-sur-Oise, après la mort du comte Jean.

En regard deces nombreusesannexions, une seule et uniquealiénation était venue, au cours du long règne de Philippe Auguste, grever le domaine royal, et encore le territoire aliéné était-il assez peu important. Ce fut à l’occasion du mariage du comte Guillaume III de Ponthieu avec Alix de France, jadis fiancée à Richard Cœur-de-Lion, que le roi de France donna, en 1195, à cette princesse, sa sœur, la châtellenie de Saint-Riquier avec quelques autres possessions situées, comme Saint-Riquier, aux abords du Ponthieu. On peut donc dire que le règne de Philippe Auguste fut un des plus heureux, le plus heureux peut-être

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parmi ceux des Capétiens directs, au point de vue de l’accroissement du domaine royal.

A la mort de ce monarque, ce domaine était environ quatre fois plus étendu que lors de son avènement et, en dehors de la province d’Auvergne, conquise en 1212 et qui constituait une sorte d’enclave, il ne formait plus qu’un seul groupe territorial s’étendant, sans interruption, des environs de Saint-Omer en Artois, jusqu’en Saintonge, vers le sud-ouest, et jusqu’à Sancoins-en- Berry(auj. Cher) vers le sud-est. La suzeraineté royale n’était plus un vain mot, et l’exemple de Jean-sans-Terre, comme celui du comte Guy II d’Auvergne, prouvait aux plus fiers vassaux que le roi était véritablement le maître dans le royaume de France. D’ailleurs la grande féodalité n’était pas aussi puissante ni aussi nombreuse qu’au xie siècle. Les fiefs les plus importants étaient le comté de Flandre, bien déchu de son antique renommée depuis le démembrement de 1191 ; le comté de Bretagne qui, définitivement enlevé aux dynasties nationales qui l’avaient possédé jusqu’en 1171, avait maintenant à sa tête un arrière-petit-fils du roi Louis le Gros, Pierre de Dreux ; le comté de Troyes ou de Champagne, dont le possesseurétaitencorele suzerain de ses cousins, les comtes de Blois, de Chartres et de Sancerre ; le duché de Bourgogne, toujours gouverné par la postérité d’un frère du roi Henri Ier ; enfin le comté de Toulouse, à demi ruiné par une longue et terrible guerre, la croisade contre les Albigeois, et que se disputaient encore Raymond VII, le fils du comte légitime, et Amaury de Montfort, le fils et l’héritier du chef de la croisade ; et au-dessous de ces cinq fiefs, les plus riches et les plus enviables du royaume, et auxquels il ne m’est pas permis de joindre la Guyenne méridionale demeurée au pouvoir du roi d’Angleterre, mais qui, depuis 1203, ne reconnaissait plus la suzeraineté française, au-dessous, dis-je, de ces cinq fiefs principaux, un grand nombre de belles baronnies au premier rang desquelles il convient de citer le comté deNevers, la seigneurie de Bourbon, les comtés de Forez, de la Marche, d’Angoulème et de Périgord, ainsi que les vicomtés de Limoges et de Thouars.

Grâce surtout à l’expulsion de la famille des Plantegenêts et à la conquête de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine et du Poitou, le royaume de France avait fait un pas considérable vers l’unité. Sous les règnes suivants, il allait encore accentuer sa marche dans ce sens.

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Si maintenant nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur les limites extrêmes de la France, à la mort de Philippe Auguste, nous devons reconnaître qu’elles n’avaient en réalité pas varié sensiblement durant son règne. A ne juger même que par les apparences, il semblerait que le royaume aurait été, à ce point de vue, fort amoindri en conséquence du différend avec le roi d’Angleterre ; car, après la condamnation de Jean-sans-Terre et la conquête d’une partie de ses fiefs français, le surplus de ceux-ci resté aux mains du monarque anglais, était devenu, par la force des choses, étranger au royaume de France ; mais ce n’était là qu’une situation défait, sans caractère légal, que n’était venue régler aucune convention, aucun traité.

Par contre, le royaume avait gagné quelque terrain, vers le temps de Philippe Auguste, du côté de la limite sud-est, dans les pays situés au sud du comté de Forez rattaché à la couronne de France sous le règne précédent. L’exemple du comte de Forez avait été suivi par le seigneur de Tournon, l’un des barons de cette partie de l’ancien pays viennois qui s’étendait en deçà du Rhône : on sait du moins qu’Eudes, seigneur de Tournon, fit hommage, en 1180, delaseigneuriedeTournonàPhilippe Auguste, alors de passage au Puy-en-Velay. C’est probablement aussi sous le règne de Philipe Auguste qu’ Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, plaça sous la suzeraineté du roi de France les châteaux de Chalançon, de Châteauneuf, de Vernoux, de Rochemure, de Saint-Julien, de la Tourrette et de Pierregaude, dont les territoires, répondant à la partie du Valentinois située au nord de l’Erieux, affluent de droite du Rhône, étaient contigus à la seigneurie de Tournon et pour lesquels le comte de Valentinois se reconnaissait le vassal du roi de France dès le début du règne de saint Louis. Jusque-là la seigneurie de Tournon et la partie du Valentinois située en deçà du Rhône, territoires qui, plus tard, ont été rattachés administrativement au Vivarais et constituent aujourd’hui la majeure partie de l’arrondissement de Tournon, au département de l’Ardèche, jusque-là, dis je, la seigneurie de Tournon et la partie du Valentinois située en deçà du Rhône, avaient dépendu de l’Empire, héritier des droits de l’ancien

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