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LE COMTE DE CHAMPAGKE

Dans le département des Vosges, la châtellenie de Grand.

Encore faut-il ajouter à ces cinquante-quatre châtellenies ou prévôtés, la terre de l’abbaye de Luxeuil, depuis que, en l’année 1258, les religieuxde cemonastère eurent offertau comte de Champagne Thibaut V qui l’accepta, l’abandon de la moitié indivise de leurs revenus et l’établissement entre eux et lui de cette espèce de société qu’on appelaitpar/age, à la condition qu’il prendrait, envers et contre tous, la défense de leurs personnes et de leurs intérêts. Cette terre de Luxeuil, formée déplus d’une vingtaine de paroisses du diocèse de Besançon, se trouvait enclavée dans le comté de Bourgogne, c’est-à-dire dans la province appelée depuis Franche- Comté.

Enfin j’achèverai de vous donner une idée de ce qu’était le comté de Champagne en vous disant que les cinq vassaux de ce comté les plus importants au point de vue territorial étaient le comte de Porcien, le comte de Rethel qui ne possédait pas moins de huit châtellenies comtales, le comte de Grandpré, dont les comtés sont aujourd’hui compris dans le département des Ardennes ; le comte de Brienne au departement de l’Aube ; celui de Joigny, au sud de Sens, dans le département de l’Yonne ; enfin le seigneur de Joinville, entre Chaumont etVitry, dans le département de la Haute-Marne.

Si vous vous souvenez que le mariage de Philippe le Bel lui avait valu non seulement la possession de ce beau comté de Champagne et de Brie, mais encore celle du royaume de Navarre où régnaient depuis 1234 les comtes de Champagne et qui, en deçà des Pyrénées, comprenait ce qu’on appela, dans la géographie des derniers siècles, la Basse-Navarre, vous conviendrez sans peine que le nouveau règne s’ouvrait sous les plus heureux auspices.

La puissance royale s’était accrue depuis quinze ans dans des proportions qu’on n’aurait pas osé rêver un demi-siècle plus tôt : en dehors des princes apanagistes issus de Philippe Auguste et de Louis VIII, on ne comptait plus, dans le royaume de France, que quatre barons du rang le plus élevé qui étaient, le roi d’Angleterre comme duc de Guyenne, le comte de Flandre, le comte de Bretagne, et le duc de Bourgogne. Il semblait donc que la royauté française était désormais assez forte pour attendre que le temps et quelques alliances habilement ménagées vinssent à bout des dynasties féodales que ces grands vassaux représentaient, et assurassent, dans un avenir plus ou moins éloigné, leur héritage à la

PHILIPPE LE BEL. — LES PREMIERS PROGRÈS VERS l’eST

couronne. Philippe le Bel cependant ne l’entendit point ainsi et porta tout d’abord ses visées sur le duché de Guyenne. Il ne semble pas toutefois qu’il ait, de propos délibéré, brisé avec le roi d’Angleterre. Au contraire, se conformant au traité d’Amiens conclu en 1279 entre Philippe le Hardi et Edouard Ier, il chercha, dès le début de son règne à régler la question du Quercy toulousain, c’est-à-dire duQuercy méridional pourlaquelle le traité avait stipulé une enquête. En août 1286 avait été signé entre les deux souverains un nouveau traité par lequel Edouard Ier, abandonnait ses prétentions au Quercy moyennant trois mille livrées de terre, c’est-à-dire un revenu annuel de 3.000 livres assis sur des terres de Quercy appartenant au roi de France. Une première assiette de 758 livres de revenu fut arrêtée le 29 juin de l’année suivante ; mais j’ignore si l’assignation fut parfaite. Toujours estil que l’accord entre Philippe IV et Edouard Ier subsista, en apparence du moins, jusqu’en 1293. Alors survinrent des événements qui, à première vue, ne semblaient point devoirproduire de si grandes conséquences.

Une rixe avait eu lieu à Bayonne, en 1291, entre des matelots anglais et des marins normands. Les vaisseaux présents dans le port, au lieu de s’entendre pour la punition des coupables, prirent fait et cause chacun pour ses nationaux ; puis les populations maritimes des deux côtés de la Manche habituées à se regarder comme rivales, armèrent en course les unes contre les autres et la guerre maritime — guerre privée, à la vérité — éclata.

La Manche et les mers voisines furent infestées par des corsaires; les Anglais eurent l’avantage. Avec soixante navires de guerre, ils coulèrent bas un convoi de deux cents petits bâtiments de Normandie qui étaient allés chercher des vins en Guyenne. Les Normands et les Bretons demandèrent alors au roi de France l’autorisation de faire un armement général qui leur fut acccordée. En même temps le sénéchal français de Périgord reçut l’ordre d’occuper le duché de Guyenne et de le mettre sous séquestre, jusqu’à ce que les Anglais eussent fait réparation. Comme les officiers ducaux appartenant au roi d’Angleterre s’opposaient à cette saisie et se préparaient à repousser la force par la force, Philippe IV cita Edouard à comparaître devant sa cour en qualité de duc de Guyenne, pour y répondre, le 12 janvier 1294, des excès commis par ses sujets et du refus que faisaient ses lieutenants de laisser accomplir la justice du suzerain.

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