‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 75 sur 188 · GUERRES DE GUYENNE ET DE FLANDRE J · texte numérisé non relu

GUERRES DE GUYENNE ET DE FLANDRE J

Edouard Ier envoya immédiatement en France comme négociateur son frère Edmond, comte de Lancastre, celui-là même qui, de 1274 à 1284, avait administré le comté de Champagne pendant la minorité de la reine Jeanne de Navarre. Edmond promit la restitution des prises, à charge de réciprocité ; il ne fit aucune difficulté d’admettre les officiers du roi de France à Bordeaux et à Agen, jusqu’au règlement et à la liquidation des indemnités. On négocia même un mariage entre le roi Edouard Ier, veuf d Aliénor de Ponthieu, et la propre sœur de Philippe IV, à la condition que les enfants qui pourraient naître de ce mariage hériteraient de la Guyenne. Ainsi préparait-on la séparation éventuelle de la Guyenne et de l’Angleterre, si désirable au point de vue français. Mais de nouvelles difficultés survinrent : les troupes royales entrées en Guyenne se plaignirent d’être partout insultées et maltraitées par les Anglais. Philippe le Bel renouvela la citation, à bref délai cette fois. Edouard, ne comparaissant pas, fut jugé par contumace et la cour prononça la saisie du duché.

Au demeurant Philippe IV n’eut point la peine de conquérir la Guyenne : dès le 5 février 1294, au cours des négociations d’Edmond de Lancastre, Edouard Ier avait enjoint aux officiers ducaux de rendre au roi de France « toute la terre de Gascogne à vo!enté;»il eut seulement à la défendre contre les tentatives anglaises et contre les rébellions causées par les exactions de ses officiers. Edouard Ier, d’ailleurs, cherchait desalliéset il en trouva même parmi les vassaux du roi de France : les comtes de Bretagne, de Flandre et celui de Bar-le-Duc s’unirent à lui. Ce dernier, gendre du comte de Flandre, tenait du comté de Champagne quelques-unes de ses terres.

Le théâtre de la guerre fut bientôt transporté en Flandre, et la meilleure partie de ce riche et populeux territoire tombait aux mains de Philippe le Bel lorsqu’une trêve fut conclue, le 9 octobre 1297, entre les deux souverains. Edouard Ier avait sollicité la médiation du pape Boniface VIII, médiation que le roi de France accepta sous la condition qu’elle serait limitée à ses démêlés avec l’Angleterre, réservant ainsi, de la manière la plus expresse, la question flamande.

En juin 1299, à Montreuil-sur-Mer, un traité définitif régla le différend avec l’Angleterre : Philippe IV rendait la Guyenne, sauf Bordeaux, qu'il conserva jusqu’en 1303, et Edouard Ier épousait en

IyO PHILIPPE LE BEL. - LES PREMIERS PROGRÈS VERS l’eST

secondes noces Marguerite de France, à la postérité de laquelle le traité assurait la succession au duché de Guyenne.

Le roi, rendant la Guyenne après une domination de cinq ans, ne tirait pas, en somme, un profit direct bien considérable du grave conflit résolu en 1299. En général, on jugea en France la paix trop peu avantageuse et, dans l’espèce d’ailleurs, la clause visant le sort ultérieur de la Guyenne après Edouard Ier resta lettre morte, puisquela nouvelle reine n’eut pas d’enfants. Mais Philippe le Bel, en excluant le comte de Flandre de la médiation pontificale, avait agi en politique consommé. Le traité de Montreuil, réconciliant l’Angleterre et la France, livrait en quelque sorte la Flandre à la merci de Philippe. Aussitôt les dernières trêves avec le comte expirées, en 1300, le roi, désormais libre du côté anglais, put songer à terminer la réduction de la Flandre. Déjà les Français tenaient Lille, Courtrai, Bruges et plusieurs autres places conquises en 1297 ; l’armée royale commandée par Charles de Valois, frère du roi, occupa le surplus du pays presque sans coup férir.

La Flandre conquise et la dynastie comtale dépossédée, le roi et la reine de France, dès 1301, visitèrent la nouvelle possession déjà pacifiée ; mais en 1302 les exactions du gouverneur royal amènent une révolte générale des Flamands qui triomphent à Courtrai de la chevalerie française commandée par Robert II, comte d’Artois, et qui, même vaincus en 1304 à Mons-en-Puelle, finissent par obtenir, en 1305, de Philippe le Bel une paix honorable. Le roi, confirmant leslibertés etprivilèges de la Flandre, lui rendit l’autonomie sous ses comtes héréditaires ; mais il garda à titre de gage Lille, Douai et Béthune (cette dernière ville enclavée dans l’Artois), en attendant que le comte de Flandre eût assuré au roi 20.000 livrées de terre, comme indemnité de guerre

La guerre du nord eut ainsi des résultats analogues à celle du midi qui l’avait précédée : la Flandre, comme la Guyenne, recouvra son autonomie; mais, en ce qui concerne la Flandre, le gage donné au roi en garantie des 20.000 livres de rente qui devaient être assignées sur le comté de Rethel lui resta par un traité ultérieur en date de 1309. Il fut alors accordé en effet que la moitié de l’indemnité stipulée serait rachetée par le comte de Flandre et les Flamands moyennant 600,000 livres et que, pour l’autre moitié, le comte Robert III céderait au roi purement et simplement les villes et châtellenies de Lille et Douai, ainsi

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