FÉODALITÉ ET SOCIALISME D'ÉTAT
au sort que leur a fait le hasard de leur naissance '. C'est surtout, la rigueur avec laquelle l'État s'emploie à maintenir, à élever ces barrières artificielles. Il existe en Prusse, depuis que la puissance monarchique s'y est affermie, un pouvoir supérieur à ces éléments sociaux. Non seulement il ne fait aucun effort pour les fondre et les rapprocher *, mais il semble que ce soit dans son intérêt propre qu'il s'ingénie à conserver cette hiérarchie immuable. Son intervention est même souvent des plus pesantes pour la classe privilégiée * qui voudrait bien, elle aussi, un peu plus d'initiative ou d'indépendance *. L'aristocratie paye cher ces rigueurs jalouses de l'État qui paraît plus intéressé et plus ardent qu'elle-même à conserver entre ses mains la terre et l'autorité sociale ^.
L'interdiction de vendre ses biens aux roturiers lui ferme le seul marché où elle pourrait trouver, par des aliénations avantageuses, des ressources pécuniaires. La valeur des biens nobles en est atteinte €t diminuée.
Les dispositions qui protègent, à la lin du xviii" siècle, l'ensemble des tenures rurales contre les velléités d'accaparement de l'aristocratie foncière, l'empêchent d'étendre ses domaines propres ° et lui imposent une gêne dont elle voudrait s'affranchir.
Mais l'État va plus loin encore; son intervention pénètre dans le <iomaine le plus intime. Sous Frédéric II surtout, l'aristocratie est tenue par une main de fer. Il lui est interdit de quitter le pays sans une autorisation signée de la main du roi. Une veuve noble reçoit avis que sa pension sera sujjprimée si elle ne rappelle pas son UIs qui est page auprès du comte de Lippe. Les jeunes nobles n'ont pas le droit d'aller suivre les universités étrangères. « Il y a », dit Frédéric II, « assez d'universités dans mon royaume. » — « Je n'aime pas », dit-il encore, en refusant au lieutenant von Schwerin, l'autorisation de se marier, «je n'aime pas que mes lieutenants se marient \ »
1. Aus dem Nachlasse Friedrich- Augusl Ludwig^s von der Marwitz, 1, p. -294.
2. Treitscuke, 1, p. 43, oppose à l'action dos Hohenzollern VEinebiiung des franzôsischen Bodens, le nivellement du sol fran(.-ais. — Bornhak, il, p. 139.