‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 125 sur 570 · L'ÉTAT PROVIDENCE EN PRUSSE · texte numérisé non relu

L'ÉTAT PROVIDENCE EN PRUSSE

suivant l'expression connue de Frédéric II, à conquérir des provinces en pleine paix *. Il faut, en quelque sorte, qu'ils créent de toutes pièces le peuple qu'ils ont à gouverner. Le roi fait recruter des colons comme il fait recruter des soldats*. En parcourant ses États, il indique les villages qu'il faut coloniser; les améliorations qu'il faut réaliser; les industries qu'il faut créer; les usines qu'il faut monter, le nombre d'ouvriers qu'il y faut employer ^

Une semblable situation se prête merveilleusement à la pratique d'un véritable socialisme d'État *. Et, grâce aux précédents, à la constitution sociale préexistante, à laquelle la monarchie s'est superposée sans la détruire, cet État qui offre le type du gouvernement personnel le plus inlrusif, le plus élouflanl ^ est en même temps un État féodal. L'État Providence exerce son action pour maintenir l'ancienne organisation sociale *; c'est le cadre tout fait où il introduira les éléments nouveaux qu'il cherche à ci-éer ou à développer.

Le pouvoir monarchique, en s'engageant dans cette voie, est, il est vrai, en contradiction flagrante avec son principe \ Mais il subit les nécessités impérieuses d'un état de fait, d'une constitution sociale qu'il ne peut briser. Avec le Grand Electeur, avec Frédéric-Guillaume I*"", il a conquis les pouvoirs cpii lui sont nécessaires pour accomplir la mission politique (pi'il s'est attribuée. Avec Frédéric II, il utilise, pour raccom[)lissement de cette mission, les moyens d'action préparés par les précédents souverains : il peuple, il développe artificiellement l'État; il l'agrandit par ses conquêtes, il en fonde la puissance par ses succès militaires; il tend jusqu'à les briser les ressorts de l'organisme. Il ne lui reste plus d'énergie ni d'activité

1. Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Slaatsatchiven, II, p. 143; XI, p. 48. — Phi- LiPrso.N, I, p. 20. — Theitschke, 1, p. 58. — Cahlyle, Ilistory uf Friedrich II of Prus.sia, VI, pp. 346, 350. — I'héoéric II, Correspondance avec Voltaire, 111, pp. 21, 52, 88, 270, 334.

2. Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Sldalsarchiven, XI, p. 22.

3. FiiiLU'Psox, I, pp. 20, 205, 275; H, p. 112. — Staoelma.nn, XI, pp. 16, 17, 32, 63, 153, 154. — BoRNUAK, II, p. 90,

4. PiiiLiiM'soN, I, pp. 20, 275, i33, 442, 457 : das Idéal des sozialistischen Staates, der sa verrufene Polizeislual des XVill. Jahrliunderls.

5. Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Staat.surchiven, XI, p. 90.

6. Philîpi'SOn. 1, p. 4G0. — Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Staatsarchiven. XXV, pp. 2i-28. — Sirf/ends hutte dfr headalisinut stiirkere Wurzeln gelrieben, als in den Gebieten des deutschen Oslens. Ehnst Mbier, Uie Heforni der Vertvaltungs- Organisation tinter S tein und Uardenberfj, p. 115.

7. Ce conlrasle éclate dans le code général, Treitschke, I, pp. 77-78. — Born- 'lAK, 11, p. 140.

pour préparer OU pour seconder l'évolution de son organisation sociale : il l'accepte telle qu'elle est; il s'emploie même à la maintenir.

C'est ainsi qu'il en vient à codifier la féodalité dont il a ruiné la suprématie politique. Le gouvernement le plus personnel développe tous ses moyens d'action pour assurer la hiérarchie féodale; et la Prusse présente, dans son organisation intérieure, un assemblage héléroclite de socialisme d'État et d'inégalités sociales \ Ce que le parti féodal défend dans ses plaidoyers pour l'ancien régime', c'est moins encore ses privilèges que celte discipline sociale qui forme le trait vraiment distinctif de la Prusse. L'Étal apparaît, non comme un agent de fusion, préparant par la force même des choses l'avènement de l'égalité moderne et de la liberté individuelle, mais comme le gardien vigilant des classifications les plus rigoureuses, préoccupé d'enfermer, par une intervention constante, l'aclivité de chacun dans les limites les plus étroites *.

Le tiers état et les villes.

Civilisation arlificielle cl rclardic de l'Èlat prussien. — Les colonisations. — Peu d'importance des villes. — Leur déclin. — L'industrie et le commerce peu développés. — Lacunes de la culture intellectuelle. — Frédéric II cl la culture allemande. — La misère. — La Prusse n'est point un Étal //ouiu/cois. — Antipathie de la bourgeoisie allemande pour la Prusse. — Séparation absolue des villes et du pays plat. — Les origines de l'accise. — Conséquences de son établissement. — La situation des petites industries rurales. — L'État i*rovidence. — Asservissement politique des villes. — Frédéric-Guillaume 1""^ achève de supprimer les dernières traces d'indépendance municipale. — Isolement du tiers état et des milieux intellectuels.

Quelle place restait-il, dans une société ainsi constituée, pour le tiers étal, pour les villes, pour c«tte bourgeoisie que le code général avait tant de peine à définir, pour les milieux intellectuels et éclairés?

1. Haeusser, Deutsche Geschichlo, lU, p. 124. — Lehmann, Sc/iarnhorsl, 1, p. ltî;i. — Piin.ii'i'soN, I, p. 25. — BoHMiAK, II, p. 139. — Voir le toslament politiiiuc i\c Siein du 2't novembre 1R08. Pbiit/., Il, 312.

2. AiiM <lcm Sachlassn Ludmff\t Von i>k.h Mxnwrrz, II, p. 220.

3. pHiun-sos, l,p. -tfiO; M, p. 168, rfiV- l'nlizci-GHirkxclirikcH, p. 246. — Bohmiak, II, 329, 330. — Stadki.mann, l'uhl. ans den k. pr. Stdalsarcfiiien, XXV, p. HO; XI, p lf»4. — Voir les nouvelles tendnn(U's nveiif^lément ailmiralrices «le récolf liistori<|iie prussienne «'aflirmer dans un passage où HornliaU proteste contre les JuKeiin-iitH iM>rle.H »ur l'organisalion frédéricienne. Hok.miak, II, p. v. — Voir encore lin pajisage oii BohMiAK nfllrmr, II. p. 8T, la néccssiti- du socialisme d'I'.lat pour alTraniliir h-* rla>i>,fs iiiriTiciires de l.t domination oligarchique. Il oublie qu'elles n'ont point dé airranchies, II, pp. 13*J, 140.

Page 1