HOSTILITÉ DE LA BOURGEOISIE ALLEMANDE POUR LA PRUSSE
Le développement intellectuel de la société prussienne n'était pas moins retardé. Ni Frédéric-Guillaume I", ni Frédéric H, bien qu'il correspondît avec Voltaire , et voulût goûter à la table de Sans- Souci le charme de la conversation française, n'avaient fait quoi que ce fût pour la culture intellectuelle de la Prusse '. Frédéric II avait, pour celle de l'Allemagne, le plus profond dédain ^. Les universités prussiennes^: Duisbourg, Francfort-sur-l'Oder, Konigsberg, étaient en retard sur les autres universités allemandes *, et peu fréquentées. On se plaignait que les étudiants y arrivassent sans aucune préparation intellectuelle". La plus vivante était celle de Halle, avec ses théologiens, et aussi avec ses juristes surtout administrateurs •.
Les provinces orientales avaient très peu d'écoles primaires '. Même la vie religieuse, cette première forme de la vie morale des masses, y faisait défaut. Dans la Prusse orientale, sous Frédéric-Guillaume I", beaucoup de villages manquaient d'églises*. Sous Frédéric-Guillaume II, la Lithuanie, une province de /lOOOOO habitants, ne comptait ni une librairie ni une imprimerie'; la Prusse occidentale, avec ses 5/iO 000 habitants, n'avait point de librairie; une seule imprimerie limitée à l'impression des formules administratives**.
Un état de civilisation peu avancé, peu de besoins, peu d'industrie, peu de commerce, peu de richesses, peu de culture intellectuelle, ce sont là les conditions qui prêtent le moins au développement de la classe moyenne ". C'est encore dans l'administration que la bour-
\. Môme sous Frédéric-fiiiillaume II. Le roi signe un ordre de cabinet, oii on lui fait dire : « ...dasznoch inuner eine verhSllniszmâszig zu grosze Anzahl junger Leute (tus don Burgerlichen sic/i denen sludiis widmel ; ... die!9es aber solchenjungen Leuten selbst keinesweges zu cinem wesi'ntiuhen Sutzen gereichcn kann, indem es ihnen cigenllich nicht dazu Ihun ist, sich Gelehrsamkeit zu eitverlen. • Piuuppsos, I, p. 421.
2. Friedrich's Kaltzinn gegen die deutsche Bildung ist wohl die traurigsle, die unnatiiilirliste Erscheinung in der langen Leidensgeschichte des neuen Deutsck' lands. TitKiTSCHKE, 1, p. 8t.