LE GOUVERNEMENT PERSONNEL
trône ', elle pâtit, après Frédéric II, de l'insuffisance de ses successeurs. Il serait, sans doute, excessif, de ramener l'explication des destinées de la Prusse, de son développement et de son déclin, à l'analyse des qualités individuelles de ses rois. Mais, s'il est impossible d'isoler la transformation intérieure, qui y créa l'État moderne et qui fut l'origine de sa grandeur, de la personnalité du Grand Électeur *, Ton ne peut davantage comprendre son effacement à la fln du xviii" siècle, sans en rechercher, en quelque mesure, la cause, dans le caractère de Frédéric-Guillaume II et de Frédéric-Guillaume III ^ Leur faiblesse entraîna, dans le jeu des institutions créées par leurs prédécesseurs et dans le régime du gouvernement prussien, une modification profonde *.
Le Grand Électeur et Frédéric-Guillaume I", après avoir arraché la suprématie politique à l'oligarchie, avaient donné au pouvoir central, au gouvernement étroitement personnel qu'ils avaient constitué, des organes appropriés à son mode d'action. Les affaires étaient traitées, non point par des ministres, mais par des collèges, par des commissions composées de plusieurs ministres, qui préparaient les affaires, prenaient, à la majorité des voix, des résolutions, et les soumettaient à la sanction royale ^ Le nombre des ministres prussiens, qui remplissaient ces conunissions, était même un objet de railleries. « Il suffit de cinq ministres au roi de France », disait-on, « il en faut quatorze au roi de Prusse ^ » L'administration cc^ntrale se composait, essentiellement, de trois organes indépendants les uns des autres : le directoire général, — le ministère du cabinet, qui traitait directement avec le roi la politique générale et les affaires extérieures — et le ministère de la justice.
Le directoire général de guerre, des domaines et des finances, était, au temps de Frédéric-Guillaume I", partagé en quatre départements', qui, dans leur constitution assez confuse, répondaient à la fois
L ïuEirscHKK, I, p. 29. — Bokmiak, Geschichlr des preussischen Verwaltungarechts, 11, p. 4. — Th. Cahlyle, Uistory of Friedrich 11 of Prussia, V, p. 34G.