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LA « SECONDE CONSCIENCE » DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME III

réformatrices, qui lui avaient valu d'être, sous le règne précédent, suspect de jacobinisme \ C'était celui des conseillers de Frédéric- Guillaume III auquel on reconnaissait le plus de valeur intellectuelle et morale. Il n'a toutefois laissé aucune trace d'une action effective. 11 se borna à donner une forme aux excellentes intentions du roi dans une série d'ordres du cabinet.

« Mon action », dit-il dans une lettre où il définit inconsciemment la fausseté de son rôle *, « mon action se borne à donner un conseil dans les affaires où la confiance persévérante du roi s'adresse à moi. Je conserve ainsi une influence sur l'ensemble, sans participer au détail. »

Beyme ^ qui succéda à Mcnken en 1800* et auquel le roi s'était particulièrement attaché , comptait des services dans l'administration prussienne. Il devait traverser la crise de la monarchie, séparé momentanément du roi, ne perdant jamais sa confiance, se pliant aux circonstances, et se retrouver, après 1815, ministre de la justice et grand chancelier. Ses adversaires lui reconnaissaient le goût du travail, des connaissances juridiques, mais un esprit médiocre. Il avait perdu, dans ses rapports avec Lombard, beaucoup de la considération que l'on avait pour son caractère ^

Kockeritz, qui remplissait les fonctions d'aide de camp auprès de Frédéric-Guillaume III, depuis que celui-ci avait atteint l'âge d'homme, était un personnage encore plus vulgaire *.

Et ainsi, l'organisation intime du gouvernement prussien resta sous Frédéric-Guillaume III ce qu'elle avait été sous Frédéric-Guillaume II. Les intrigants (jui dirigeaient la politique extérieure, les médiocrités qui formaient l'entourage personnel du roi, continuèrent à usurper une direction politique qu'ils n'étaient pas capables d'exercer.

1. Philippson, II, p. 198. — Treitschkb, 1, pp. 152, 133, 154. — Erinnerungen mis clem Lehen des FeldmarschaU's von Boyen. I, p. 126. — SchOck. Fiiedericfi- Wilhehn III und seine licilfie fur die iitnere Gesetzgebung Preussen's 1797-1807 {Abhandlungen der Schlesischen Gesellschaft fur vaterlàndische Culluv, 1867, p. 48). — Menzel, Zwanzig Jahre preussicher Geschichle, p. 501.

2. ScHiîCK. Friedrich- Wilhehn III und seine RCUhe {Abhandlungen der Schlesischen Gesellschaft, 1867, p. 59).

3. Erinnerungen aus dem Leben des FeldmarschaU's \0}i Boyes, I, pp. 126, 288.

4. Menzel, Zwanzig Jahre preussicher Geschichle, p. 545. — SciitcK, Friedrich- Wilhelm m und seine Mlhe {Abhandlungen der Schlesischen Gesellschaft, 1867,

3. IUnke, Hardenberg, II, p. 410; III, p. 109. — Pertz, I, p. 355. — Erinnerungen aus dem Leben des FeldmarschaU's vox Boyen, 1, p. 127.

6. Erinnerunç/en aus dem Leben des FeldmarschaU's vo.n Boyen, I, p. 264. — Voir de même Zaslrow. Treitschke, I, p. 152. — Bailleu, I, p. xxxviii.

Le gouvernement de la Prusse prit donc, dans les vingt dernières années du xvii*^ siècle, un cours tout nouveau '. Celte action étouffante d'un État qui subordonnait les intérêts, le bien-être, les indépendances individuelles, au but commun du développement de la puissance nationale, ces rigueurs, qui avaient rendu la Prusse odieuse à rAUemagne, mais qui avaient fait de ce peuple une des grandes puissances européennes*, ce système si compact, si logiquement déduit, si impitoyablement suivi, se désagrégeait spontanément^.

Les historiens les plus foncièrement prussiens * semblent rattacher le déclin de la Prusse à l'abandon des traditions anciennes, des traditions de Frédéric-Guillaume 1" et de Frédéric II. Ils regrettent presque que la rudesse originelle et caractéristique de l'État prussien se soit adoucie. Ils reprochent à Frédéric-Guillaume III d'avoir failli à accroître encore cette armée de 230 000 hommes, si « harmonique dans son inculte brutalité », entretenue par une nation de 10 millions d'âmes, et qu'ils jugent insuffisante ^.

Ils ne peuvent cependant manquer de reconnaître que cette sorte de détente était inévitable ^.

L'essor extraordinaire que la Prusse avait pris au xviii" siècle, le rôle qu'elle avait joué dans la politique européenne était hors de toute proportion avec son développement social. Frédéric II a^ait comblé ce vide avec son génie ; mais il en avait eu le sentiment vivace". Il a laissé la trace de ses préoccupations, dans la prudence anxieuse des vingt dernières années de son règne, dans ses elïorts incessants pour hâter, par les procédés artificiels, un développement social dont les lacunes ne lui échappaient pas.

L'État prussien devait payer celte tension excessive de tous les ressorts; il était presque inévitable (pi'il eût à jiàlir de cet écart

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