LA DISSOLUTION DU RÉGIME FRÉDÉRICIEN
starosties, dos biens nobles, dans les provinces polonaises récemment acquises, des scandales presque publics de corruption éhontée *. L'entourage immédiat du roi, les plus hauts fonctionnaires de l'État prussien, s'y trouvaient mêlés *. Hoym, le ministre silésien chargé do l'administration des nouvelles provinces, Bliicher, le grand chancelier Goldbeck, Becker, Haugwitz, Lucchesini, Riichel, Zastrow, y étaient compromis '. La décadence du régime personnel se trahissait par les symptômes les plus éclatants.
Et sous Frédéric-Guillaume III, le pouvoir monarchique, qui semblait naguère dominer toute cette organisation administrative et s'en être fait un instrument docile, en était réduit à constater*, en même temps que le défaut de vitalité et les vices de l'administration, sa propre impuissance. Il semblait avoir accompli sa mission lorsqu'il avait gémi sur des maux auxquels il ne pouvait remédier ^ et cette conception gouvernomentale, nouvelle en Prusse, se traduisait avec quelque naïveté, dans les circulaires où le roi épanchait ses préoccupations et ses bonnes intentions par la plume de ses conseillers intimes. Menken avait rédigé la première, en 1797, au lendemain de l'avènement, et Beyme la reprenait en 1800, sans y presque rien changer,
« Sa Majesté», écrivait-il, «a déjà insisté sur la nécessité de rétablir partout ces qualités de (idélilé, d'abnégation, de zèle, qui ont autrefois distingué l'administration prussienne, et qui ont, aujourd'hui, presque complètement disparu. . . . Des tendances déplorables » , ajoutaitil, «dominent aujourd'hui, à quelques rares exceptions près, chez les
1. PiiiLii'PsoN, I, p. 118; II, pp. 29. H9, 197, 292. — Wôllner sait que ses rapports passeront sous les yeux des envoyés étrangers et les rédige en conséquence, iôid., 11, p. 264. — TuKirsc.iiKE, 1, p. 106, reconnaît la corruption, tout en parlant du gesunde Kern. — Voir, Stadelman.n, Pull, aus den k. pr. Staatsarchiven, XXV, p. 35, les appréciations contemporaines de Schôn. — Schi ck, Die iJûtenHTscfdeudemnçien in Siidpreussen und dus scltuurze Ref/istei' {Abhandlunijen der nchlesischen Gcsetlscha/'t, 1886. p. 30.) — Seeley, Life and Times of Stein, I, p. 190.
2. PiiiLU'i'sox, II, pp. 123 à 141, 129, 226, 285, 287, 288, — Il faut distinguer la Prusse méridionale administrée par Hoym et la nouvelle Prusse orientale administrée par Schvôlier. Erinnerungen aus Uern Leben der FeldmarscliaU's von Boyex,
3. PniLirpsoN, II, pp. 284, 285, 286, 290. — Stadelmann, Publ. aus den k. pr. StaaLsarchiuen, XXV, p. 35.
4. PuiLippsoN, H, pp. 29, 203; I, pp. 401, 433. — Ernst Meier, Die Reform der Verwaltunqs-Orcjanisalion tinter Stein und llardenbercj, p. 132.
5. Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Staalsarchiven, XXX, p. 2.
membres des collèges administratifs de tout ordre, surtout à Berlin. Elles se sont répandues dans les provinces où elles se manifestent en ignorance, en paresse, en vénalité. Partout dans ses voyages, le roi a recueilli, à ce sujet, les plaintes les plus vives et les plus générales *. »
Trente années à peine s'étaient écoulées depuis que Frédéric II, maniant de ses mains puissantes l'instrument créé par ses prédécesseurs, avait porté la Prusse au rang des grandes puissances, et déjà cet organisme gouvernemental qui venait de paraître si redoutable, semblait décrépit. Il inspirait, à ceux qui en avaient la direction, les jugements les plus rigoureux et le découragement le plus profond.
L'apogée du gouvernement personnel, en Prusse, ne survécut pas à Frédéric II. 11 sembla que le principe même de la puissance prussienne eût été anéanti, lorsque, à la volonté énergique de celui qu'on appelait le grand roi, succédèrent l'esprit mobile de Frédéric-Guillaume II, et le caractère indécis de Frédéric-Guillaume III.
La caste privilégiée.
L'État palriaropl et la noblesse prussienne sur ses terres. — L'aristocratie à l'armée. — L'arislof ratio dans l'admiiiislration. — Son défaut de culture. — — Ses tendances intellectuelles et politiques. — Résistances au projet de code général. — .Marwitz. — Hoym. — Banqueroute de l'ancienne organisation sociale.
Est-il toutefois permis de croire, avec les admirateurs de l'Ittat frédéricien et du rocher de bronze, que ce fut par une sorte dinlidélité à son principe que la Prusse faillit perdre tout ce qu'elle avait acquis *? Cette apparente déviation n'élail-elle pas plutôt une évolution nécessaire?
\. Pk.htz, I, p. 28*. — Menzel, Zwanzifj Jnfire preussischer Geschichfe, pp. IIOl,
Erinnerunym nus dem Lehen dos FelilinnrsrhnU'x von Boye.n, I, p. 183. -
2. Erinnerunym nus dem Lehen des FeldinnrsrhnU's von Boye.n, I, p. 183. — On peut surtout reconnaître l'évolution des idées en Allcnia^ne, eu comparant les juKeintMits portés sur l'organisalion frédéricicnue par Hakiisskh, Dridsrfic Genrhicfde (IHtin), passim, el I, p. l'.ti, et ceux de DnoYsi:N, Gescfiichlc der pn-ustinrhen polilik (1881), V, m, pp. 10 et suivantes. — Nous citons un passant» de BoH.iiUK qui indii|uc jus(|u'oij l'école hisloritpic moderne en Prusse se laisse entraîner par l'admiration de parti pris et le lalalisme liisl<irii|ue. Es fidlou ilic Feaneln der trnditiunelten fîegrhir/ite, dit IIoii.nmak, jrne ttherflucldirtten ;irsc/ii<'htlichen lirlrilr die, von MennrhentiUer tu Meii.srhennlter wiederliidl, durcit iltr eiijenes Aller tiirht an Werth i/ewnnneu Italien, iiani nlu/eselien rou den lnndl<'iu/i;/rn U'ieilrn ftber l)e<ipoltsniu;i, Erslicltuny tirs fieien l.ehens, und deri/leichcn, sind, ini