CONSÉQUENCES DE CETTE DÉTENTE
Ce n'était point seulement que les efforts excessifs auxquels la nation prussienne avait été contrainte par ses souverains dussent être fatalement suivis d'une délente, et qu'ils eussent amené le pays à un état d'épuisement que les Allemands constataient avec une malveillance railleuse ' {Preuszcn habe sirli grosz gehiintjert).
Cette malveillance ^ même n'était que l'expression d'une opposition fondamentale entre les courants de l'époque nouvelle et les traditions originelles de l'État prussien.
Les tendances du xviii^ siècle étaient humanitaires, individualistes, philosophiques. Comment se fussent-elles accommodées des brutalités d'un régime militaire, et des sacrillces exigés par un org .•lisme d'État accoutumé à ne rien ménager ^? Frédéric II avait été philosophe pour la forme. Ses successeurs durent subir d'une façon plus réelle et plus paliuiMe l'influence du milieu et du temps où ils vivaient *. Si tous les ressorts du gouvernement se relâchèrent sous Frédéric-Guillaume II, si le pouvoir monarchique prit, avec Frédéric- Guillaume m, un caractère moins brutal, moins rigoureux, plus mou ^ c'est que la Prusse ne pouvait rester, seule des nations etiropéennes, étrangère à cette évolution sociale du xviii* siècle qui devait aboutir à une transformation si profonde de la société européenne.
Elle y gagna peut-être plus qu'elle n'y perdit". Ce développement
Lichte ihrer Zeit betracfitet, auc/t die einzelnen Vei-walttitif/smasiregeln, — ich erinnvre nur an die Hegie, die lieoorzu'/uni) des Adels, und die AiifrechterhalluiKj der nlaiidisrlien Gliederunf/ der (iesellschaft miter Friedrich deni Groszen, das KtthhieU unter Friedrich- iVi/helin III, — wuht Ijerechlir/l, und in deni W'eclisel der Frscheinuuffen Irili es uberall zu Tage, dasz j'ede Insliliiliun dttrch die Thalsache ihrer Exisienz ilire Existenzôereclilir/iing nachweisl. Buhmiak, GeschiclUe des preussischen Vcrwallimgsrechl's, II. p. v. — Voir les conceptions plus lai'i,'i's de Sybel. 11. V. SvBEL, Ueber die Eiitwicklung der absolulen Monarchie in Preuszen. Kleine hislorische Schriflen, I, p. 540, et celles de Frédéric 11 liii-même, ibid., p. 538.
1. Oie Deutschen im Heich spotleren dies Preuszen habe sich grosz gehuiigerl. THKiTSiJiKK, Deutsche Geschichte, I, p. 78. — Lkhmann, Scharnhorst, I, p. "200. — BoiiMiAK, Geschichte des preussischen Verwaltungsrechts, II, p. 141. — We.nck, Deutschland vor hundert Jahren, pp. 161, 115, das Berlinerlum, p. 3.
2. Wknck, pp. 154, 157, 173. — Stekkens, Was ich erlebte, IV, pp. 171, 185.
3. Wenck, pp. 137, 175. — Pehtz, Stein's Leben, I, p. 336. — Erinnerungen ans dcm Leben des Feldmarschall'x von Uoyen. I, p. 185.
4. Der aile rnannhafte Grundsutz der rUcksickts'osen Ansi^aimung aller Krdf'te erscliien der weichlichen Philanthropie des Zeitalters grausam. Tkeitschke, 1, pp. 127, 143.
5. Lehmans, Scharnhorst, II, pp. 60, 121. — Erinnerungen aus dem Leben des Feldmars'hall's von Boyen, I, p. 125, 213. — Clalsewitz, cité par von der Goltz, Roszbach und lena, p. 2.
6. 1»ERTZ, I, pp. 246, 253, 433: 11. pp. 149, 157. — Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Slaatsa>'chiven,XX.W ,p. 23. — Tkeitschke, I, p. 233 : die Versôiinung des preus-
social qui lui manquait ne pouvait sortir des procédés artificiels de la colonisation, ou des tentatives oppressives de l'industrie d'État. Si elle n'eût atténué ses angles, adouci son caractère originel, si elle ne se fût soulagée quelque peu de l'oppression qui pesait sur elle, elle fût demeurée trop éloignée de la civilisation nouvelle de l'Europe. Ni les progrès de sa culture intellectuelle, ni son développement économique, ni la formation d'une classe moyenne, n'eussent été possibles sans ces atténuations. Il lui restait assez de sa rudesse native, et des traits de son organisation primitive.
Elle déclina parce que les formes anciennes de son état politique étaient surannées, non point parce qu'elles subirent une modification nécessaire, mais bien au contraire parce que l'État prussien, enfermé dans son cadre rigide, se montra incapable de suivre d'une allure plus alerte l'évolution de son temps *. Les causes de sa faiblesse furent celles mêmes qui condamnaient l'ancien régime européen à succomber devant la Révolution française *.
Les classes les plus nombreuses et les plus actives, d'une part; la portion la plus éclairée de la nation, de l'autre; les éléments sociaux qui s'éveillaient, à l'occident, à la vie politique et nationale, avaient été opprimés ou tenus à l'écart ^ Un régime de fer les avait exploités et relégués en même temps au dernier échelon d'une classification étroitement maintenue. Le moment était venu, où le progrès de la civilisation, le développement des idées, le contact, surtout, de l'émancipation qui s'accomplissait à l'ouest, les appelaient à la vie.
Ce qui fil la chute de l'État prussien si profonde, c'est que, derrière la façade du gouvernement personnel qui venait de s'écrouler, il ne se trouva point, comme en France, une unité nationale cimentée par un long passé historique, un tiers état développé et actif, des masses préparées à l'affranchissement.
Le seul élément social qui jouât uu rôle dans l'organisation poli-
ntchen Slaales mil dcr Freiheit (ictttschrr Bildung; cl I, p. 2"0 : das allé linrle krief/erische l'reuszenthum und die Gi'dunkinifi'tUi' der tnodeiTien dcntschcn lUlduny fandim sich endlich zusamTnen, uin niclit niedor von einatider zn lasuen. — Erinnerunijim au» dem Lphni des Feldmarscludis von Boykm, I, p. 132. — H. v. Svuki,, Veber dif Enlwickluiifj der abaoluten Monarchie in l'reuszen. Kleine historisc/ie Scftriften, I, p. 546.
1. IIakuahkii, PeulHcfie (ieschichte, II, [). 101. — Uohmiak, II, pp. 5, 130, 270, 282. — TkEiTHCHKK, I, pp. I.ni, 152.
2. UdiiKiiAK, 11, p. 141 : />!<• (jcaellachaftliclic lUisis au f dcr Stuat rukle, Ucamlcntum und (irii-tiifrundubeiiitz.,. war zu scliwach; cl II, pp. 27U, 282.