LES IDÉES CONSTITUTIONNELLES EN PRUSSE
précédents : « le serment juré par vingt millions d'hommes de vivre libres ou de mourir » \
Ce que Carlyle appelle un drame nouveau plus grand que tous les précédents, Goethe l'appelait, en 1792, dans les plaines de la Champagne, une époque nouvelle de l'histoire du monde. Les tendances des Allemands à restreindre ou à dénaturer l'action de la Révolution irançaise ^ sur l'Europe ne peuvent prévaloir contre ce témoignage historique de l'homme qui, à cette date encore, personnifiait le mieux leur génie '\
Mais ce n'est point seulement sur les philosophes et sur les penseurs que la Révolution française a exercé l'influence et l'attraction du spectacle grandiose qu'elle offrait au monde. Elle n'a pas seulement imposé à tous les esprits doués de réflexion et capables de vues générales, le sentiment irrésistible de ses incalculables conséquences sociales. Elle a eu, dans les milieux politiques, des conséquences plus immédiates.
Dès le règne de Frédéric-Guillaume H, on avait vu poindre, au sein de l'administration prussienne, les premiers germes d'une doctrine constitutionnelle. Il est resté de ces tendances, dans l'introduction au projet de code général, un témoignage des plus signilicatifs. Les jurisconsultes et les administrateurs qui y avaient collaboré cherchaient à limiter l'absolutisme, à lui imposer des principes, de l'application desquels le corps administratif se serait fait le garant.
Le projet de code* proclamait l'indépendance du pouvoir judiciaire et déniait au souverain le droit de rendre des jugements autrement (jue par l'organe des tribunaux réguliers. Le pouvoir législatif même du souverain était limité par l'obligation de soumettre les décisions législatives à la commission de législation, avant de les promulguer. Enlin le code formulait une sorte de ^\'^ :rine constitutionnelle, lors-
1. Th. Carlyle, Hinlory of Friedrich II of i'russia, VI, p. 339.
2. La propagande inlelleclucUe des idées révolutionnaires est fréquemment niée par les Allemands : Wie die Ideen der Révolution, dit Treitscbke, I, p. 70, ersl durch Xapoleon wirL-sam verbreitet ww-den.
3. Treitschke lui-même, malgré l'élroilesse de sa doctrine prussienne et son elTort historique perpéUicllement dirigé contre la France, ne peut méconnaitrc ce qu'il appelle, sans nommer la France, cZ/e dâmonische Macht eines neuen Zeila/<ers. L'aveu de l'action révolutionnaire lui échappe surtout à propos des succès militaires de la France. Tueitschke, I, pp. 119, 120, 128.