‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 182 sur 570 · Pehtz, I, pp. 250 à · texte numérisé non relu

Pehtz, I, pp. 250 à

ciale de Cièves, l'œuvre entreprise par lui et qui déterminait d'une façon précise les charges et les redevances des populations rurales dans le ressort de son administration. Il avait entrepris de même, mais sans y réussir, de transformer les tenanciers en propriétaires, d'allodifler les tenures rurales '. Vincke * se préparait à le remplacer dignement dans l'administration des provinces westphaliennes. Enfin Guillaume de Humboldt, alors conseiller de légation, laissait percer, dans ses premiers écrits, des sympathies inavouées pour la Révolution française, l'impression profonde qu'elle avait produite sur son esprit. Essentiellement individualiste, il répudiait la doctrine de l'État-Providence et les traditions fiédériciennes ^.

Les manifestations les plus accentuées de l'esprit de réforme ne faisaient même point défaut, et l'on eût pu discerner sous l'impression des exemples de la France la première apparition de tendances républicaines *. On put voir, lors du procès de Zerboni et de Held, à la lin du règne de Frédéric-Guillaume II, et au début de celui de- Frédéric-Guillaume 111, deux fonctionnaires incarcérés et mis au secret : l'un pour avoir dénoncé les prévarications de Hoym, dont il ne voulait point demeurer le spectateur impassible ; l'autre pour avoir accusé dans un pamphlet violent, les ministres du roi d'être : les vrais jacobins dans lÉlat prussien. Les ministres eux-mêmes Schulenburg et Struensee accueillirent les coupables avec une bienveillance sceptique mais ouverte'*. Ce n'était point là seulement des symptômes d'un désarroi profond; c'était aussi le signe de l'ébranlement comin»ini(pié du dehors à l'organisme ancien.

On ne saurait comprendre les événements qui suivirent si l'on ne se représente à quel j)oint la Hévointion française avait transformé les-

1. Stai>ki,m.\>n, Piibl. uuf flcn k. pr. Slaatsarchii'en, XXV, p. 22.

2. HoH.NUAK, II, p. IV. — I'khtz, I, p. 2G8. — lÎH.Nsr MKiiiii, p. l')8.

3. Voir, sur G. de Iluiiil)ol(Jt, Ciiallemel-Lacour, la l*/iilusuphie individitalisle. — Voir, sur Scliroller, SUi^cniann, Niebutir, KIcwilz, Vincke, elc, Tukitschkk,

I, p. 278. — Voir, sur Broscovius, Erinnei ungen aus dem Lcben dis l'cdmarschalVs vijs BoYK.N, I, p. 144. — Vfjir, parliculièremetil, sur Scliroller, einer drr ganz mler halh veriiessrnen lie/ormern vor dcr Ueform. Lkiuiann, Kncsche.ik iind Schon,. |>. 236. — Em.nht Mkii^h, p. liti.

4. Wk.>ck, |)p. 13, IH, le Bcriiner Hrpublikanertum, à propos du succès de: Ficsco. — WK.NCii, pp. 219, 222, 223. — lirinneruntjen aus dem Leôen des Feldmar' tchatCt VOM IloYC.M, I, |). 134. — I1riU)KI«'s lirir/)\ II, p. 40G.

5. Mi»/.Ki., Xwuuzi;/ .lahre jtreussi.tcher (icsc/nchle, pp. Il 10 el suiv. — Piiu.ippson,

II, p. 202. — Scilt (;k, Ifin Minialrr SlrurnsiT, lluym und Slriii {AhlumdUanjcn der tchletitchen GcHelltchti/l, tS04, I, p. 40).

LA RÉACTION GOUVERNEMENTALE. lo3

conceptions politiques de l'époque, jusqu'où ses doctrines avaient pénétré ', combien elles avaient répandu partout le pressentiment d'une ère nouvelle. Il s'en fallait toutefois qu'elles se fussent encore imposées aux gouvernements.

En Prusse, comme dans la plupart des États d'ancien régime, l'une des premières conséquences politiques de la Révolution lut de déterminer un courant marqué de réaction gouvernementale. Frédéric-Guillaume II n'avait pas attendu pour s'engager dans cette voie les premiers événements révolutionnaires ^ ils accentuèrent toutefois son attitude.

Ce mouvement de réaction ' ne se traduisit pas seulement en Prusse par la participation * de Frédéric-Guillaume II aux premières entreprises de la coalition. Il se manifesta particulièrement par l'attitude (lue prit le gouvernement dans la question agraire qui demeurait la plaie vive de l'organisation prussienne.

De ce côté, le règne de Frédéric-Guillaume II ne fut point seulement dominé, comme J'avait été celui de Frédéric II, par le préjugé aristocratique ^ On n'y retrouve même plus les tendances philanthropiques qui avaient amené le grand roi à tenter du moins d'améliorer, sur queltpies points, le sort des classes inférieures '.

Frédéric II avait prescrit, peu avant sa mort, de reviser en Silésie, et de lixer, les charges qui accablaient la population rurale, — charges trop souvent variables et arbitraires ^ L'un des premiers actes de Frédéric-Guillaume II fut d'arrêter ce travail de revision *. Il le lit avec ce défaut de franchise qui caractérisait l'œuvre tout entière de la coterie qui le dominait. Le 20 février 1787, il ordonne de dissoudre « en silence » les commissions instituées par le précédent roi pour opérer ces revisions. Comme ses ministres craignent l'impression que peut produire une semblable mesure, il se résout à maintenir les commissions, mais il leur fait enjoindre « en silence et sans éclat » de suspendre leur travail.

i. Tkeitscuke, I, pp. H9-120. •

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