LA RÉFORME AGRAIRE SUR LE DOMAINE ROYAL
et des corvées à l'acquisition de la propriété *. En même temps qu'il substituait une redevance pécuniaire aux services en nature qui l'accablaient, le tenancier du domaine royal devint propriétaire de sa tenure, mais cette fois, propriétaire sans équivoque, non plus seulement possesseur héréditaire, mais propriétaire apte à vendre la terre, à la partager entre ses héritiers, à l'hypothéquer '.
Le paysan, très ardent à s'affranchir ^ du prélèvement que le domaine opérait sur son travail, sur son temps et sur ses ressources, l'était beaucoup moins à prendre à son compte toutes les charges et toutes les responsabilités de la propriété ou à payer le prix fixé pour l'acquisition de sa tenure, bien que généralement très modique*.
Le domaine, au contraire, en faisant du paysan un propriétaire, se dégrevait lui-même de toutes les obligations qui formaient la contrepartie et comme le revers de son droit de copropriété *. 11 n'aurait plus à réparer les bâtiments, à entretenir le matériel, à parer aux sinistres. Il ne serait plus assailli de ces réclamations incessantes auxquelles il était en butte '. On ne verrait plus le tenancier réclamer sans cesse pour sa demeure un simple entretien, que rien ne l'incitait à effectuer lui-même, et auquel, la plupart du temps, le domaine, par incurie ou par défaut de ressources, négligeait de pourvoir.
Sans parler du but social et moral (ju'elle poursuivait, l'administration faisait donc une œuvre à la fois habile, et conforme à ses intérêts, en imposant l'acquisition de la propriété, dont le tenancier se souciait peu, comme condition du rachat des corvées auquel il tenait beaucoup.
Par une conséquence naturelle de la division de la Prusse en provinces, et du maintien d'administrations distinctes pour chacune des provinces, la réforme prit, dans les différentes parties du territoire, un cours très différent. Tandis qu'en Silésie ^ le rachat même des corvées se poursuivait mollement, partiellement, ou négligeait, dans les pro-
1. Stadelmann, très incomplet surce point, XXX, pp. 53, 56. — Voir surtout Knapp, I, pp. 93, 94, 105, 106, 101, 108.