Phiuppson, II, p
théories humanitaires et les misères ou les monstruosités sociales qui s'étalaient à deux pas. Ce rôle eût pu être tenu seulement — et il fut tenu en effet, mais après les désastres de 1806 — par les quelques hommes qui, du sein de l'administration prussienne, saisissaient sur le vif le fonctionnement social et politique d'ancien régime, en même temps que par l'ouverture, la curiosité ou la culture de leur esprit, ils participaient au mouvement d'idées des classes éclairées ', Mais nous avons vu que ceux-là étaient rares et isolés, au sein d'une administration qui étouffait sous le poids de la routine générale les capacités et les initiatives novatrices.
L'aristocratie foncière, de son côté, semblait plus préoccupée de défendre ses droits, sa situation, de maintenir intact son pouvoir arbitraire, d'en écarter toute atteinte, que de se prêter aux tentatives de réforme sociale *.
Ici et là, on peut reconnaître que, même dans ce milieu étroit et égoïste, les idées nouvelles ont exercé leur action ^ La dépulation de la noblesse et du clergé de la Prusse occidentale, réunie pour la préparation du code provincial, proposait spontanément au roi, en septembre 1798, la suppression du servage et un projet d'amélioration des conditions de la domesticité *. La noblesse de la Prusse orientale, sans aller aussi loin, ne méconnaissait point les avantages de la suppression du servage. Mais elle ne la jugeait réalisable que du consentement des propriétaires nobles. De même, disait-elle, que le servage s'est constitué par l'action du temps, il faut en attendre la suppression du temps et du bon vouloir des propriétaires nobles. Un peu plus tard, elle parut montrer des dispositions plus favorables; mais l'affaire en resta là et, dans l'une et l'autre province, si quelques seigneurs supprimèrent spontanément, sous le règne de Frédéric- Guillaume III, le servage sur leurs terres, ces exemples furent assez rares pour que la situation générale n'en <"ùt point modifiée '.