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CHAPITRE VI

LE MOUVEMENT DES IDÉES EN ALLEMAGNE ET EN PRUSSE A LA FIN DU XVIIF SIÈCLE

VAiifk/îlninf). — Rôle de la Prusse dans ce mouvement intellectuel. — Berlin. — Nicolaï. — Tendances relipieuses de l'époque. — Réaction contre VAufkliirung. — Réaction politique. — Frédéric-Guillaume II et Wôllner. — Réaction intellectuelle. — Tondaïues nouvelles. — L'école de Weimar et les Xénies. — Le mouvement liltéraire et philosophique. — Ses caractères. — Ce n'est point un mouvement politique. — Individualisme des Allemands. — Action progressive des événements. — Rôle de la Prusse dans le mouvement littéraire. — Premiers symptômes d'un réveil politique en Allemagne au commencement du xix° siècle.

On a vu à quel point l'organisation sociale et la constitution poliitque môme de la Prusse isolaient le milieu intellectuel. Le « tiers état éclairé », que le parti féodal accusait de se laisser envahir par les « mensonges français ' », et d'être ainsi devenu l'agent de la décadence nationale, était infiniment trop séparé du reste de la nation pour devenir un tiers état politique.

Il n'en offrit pas moins, à la fin du xviii« siècle, le spectacle d'un mouvement intellectuel, d'une intensité et d'une variété extrêmes, dont l'infhience sur les destinées de l'Allemagne et de la Prusse fut incalculable *.

1. .4ms (loti Nachlasse Ludwii/'s vo.n uer M,\r\vitz, 1, pp. 179-180.

2. TiiKiTscuKE, Deutsche qescfdchte iin netinzelinlen Jahrundert, I, pp. 87, 88, 90, 190, 204. — Wenck, Deutschland vor hundert Jahren, p. 111. — Piiilippson, Ges~ chicide des preussischen Staatswesens, II, pp. 2, 239, 240. — Aiis den Papieren Schô.n's, I, p. 12. — H.\EussER, Deutsche Geschichle, III, p. 165. — Erinnerungen aus dèm Leben des Feldmarschairs vo:« Doyen, 1, p. 297.

Le mouvement philosophique du xviif siècle français s'y retrouve avec toutes ses tendances. Si les idées de Rousseau ont exercé une action manifeste * sur les écrivains allemands, surtout après les premiers événements de la Révolution, si Kant, Fichte-, et Schiller dans la première partie de sa carrière ^ se montrent pénétrés des doctrines du Contrat social; ce sont, jusqu'aux vingt dernières années du siècle, les tendances de la philosophie voltairienne qui paraissent dominer. On en retrouve tous les traits * dans ce mouvement d'idées si général qui prit le nom dUAufkldrung ^. C'est la même ardeur à défendre la liberté de penser, la plus large tolérance; ce sont les mêmes tendances humanitaires; c'est la même philosophie, assez superficielle, qui évite d'aborder les problèmes les plus ardus, qui s'adresse surtout au bon sens, qui, malgré sa lutte contre l'intolérance religieuse, limite ses négations et s'arrête au déisme*, qui combat « l'infâme », mais veut bien que la religion demeure un frein pour la « canaille » ^. Si Voltaire n'aime point la métaphysique, VAnfklàrung allemande n'hésite pas à déclarer Kant peu compréhensible '. Si Voltaire fait campagne avec ardeur, chaque fois que l'occasion lui en est offerte, pour les opprimés et la liberté de penser, V Aîifklàruny d\\QVL\din&Q résiste aussi aux tentatives d'oppression intellectuelle du règne de Frédéric-Guillaume II, à l'Édit de religion et à l'Edit de censure. 11 semble qu'en appelant en Prusse Voltaire et les philosophes, Frédéric II ail trauspjanlé eu Allemagne les tendances intellectuelles dont ils étaient les représentants.

Dans ce mouvement d'émancipation, la Prusse joue un rôle prépondérant. Elle y était préparée par ses traditions les plus anciennes. Elle avait, dès les débuts du xvii" siècle, offert un abri impartial aux sectes diverses qui divisaient le protestantisme °, et dont les querelles

1. TnEiTsciiKK, 1, p. 114. — PiiiLii'i'SON, II, p. 233. — LÉvY-liKiiiiL, l'Allemagne depuis lA-iliniz, pp. 217, 22o.

2. Piiii.ii'fsoN, II, p|i. 4, 233. — Tkkitsciikk, I, p. IIG. — J. H. V\cmv.,J.G.FiclUé's Leten iind liloiarisvher Hriefwechsel, I, p. 224.

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