GOETHE ET L'INDIFFÉRENCE POLITIQUE
d'esprit de Christiane Vulpius. Dès le lendemain, il régularise devant le pasteur son union avec elle. Ces deux chasseurs français, qui pénètrent chez Goethe et lui inspirent des scrupules moraux tardifs, n'est-ce point l'armée de la Révolution qui vient troubler l'Allemagne dans son indifférence politique?
Lorsqu'après la paix de Tilsit, les princesses reviennent à Weimar, Goethe célèbre leur retour dans une pièce de vers. L'idée qu'il développe, c'est que le vrai patriotisme consiste, pour chacun, à agir dans son cercle propre; c'est la meilleure manière de contribuer au bien de l'ensemble \ \\ formule ainsi la doctrine dont sont pénétrés tous les esprits allemands et dont l'expression se retrouve partout'. A la fois individualiste et cosmopolite, individualiste surtout, l'Allemand' de la fin du xviif siècle ne conçoit pas, entre la famille et l'humanité, cet intermédiaire qui est l'État. L'Allemagne offrait alors à la fois le spectacle d'un développement littéraire incomparable et de l'incapacité politique la plus éclatante*.
Les temps marchaient cependant, et les événements extérieurs, pour lesquels les grands esprits de ce temps manifestaient tant de dédain, allaient mettre un terme à leur domination intellectuelle. Dans les premières années du siècle, Kant, Herder, Schiller, avaient disparu presque en même temps. Goethe restait seul, comme le vivant témoin d'une époque close, étranger aux courants nouveaux qui se préparaient en Allemagne^. Ni l'état social, ni l'état politique, ni les événements qui se précipitaient ne laissaient de place à l'indifférence politique, à la placidité esthétique.
Depuis 1792, les armées révolutionnaires avaient plus d'une fois porté leurs armes victorieuses au sein des pays rhénans et de l'Allemagne du Sud. L'Empire s'était effondré, et cet effondrement avait brisé le dernier lien ", bien fragile il est vrai, plus apparent