‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 216 sur 570 · Treitschke, I, p · texte numérisé non relu

Treitschke, I, p

même que réel, qui unissait politiquement les territoires de l'Allemagne.

La France avait pris possession de la rive gauche du Rhin. Enfin, en 1803, l'occupation du Hanovre ', la faiblesse éclatante de la Prusse avaient donné partout l'impression que l'Allemagne du Nord, le dernier refuge de la paix et de la tranquillité, était menacée de la façon la plus directe dans sa sécurité.

La Révolution victorieuse forçait ainsi l'Allemagne à prendre conscience d'elle-même *, à secouer son apathie, à reconnaître que la sécurité intérieure ne saurait être le prix de l'indolence et de l'indifférence.

Cette transformation du génie allemand ne devint sensible qu'après les événements de 1806; elle ne commença à apparaître dans les faits, à se traduire en courants nationaux, que vers 1809; mais, avant que le mouvement s'emparât de la nation entière, le sentiment de l'impuissance politique se fit jour dans le milieu éclairé. Si, chez les grands classiques, ce sentiment prend la forme d'un dédain voulu pour l'action; chez les esprits plus terre à terre, plus près de la vie réelle, on voit percer le sentiment amer et parfois révolté de l'incapacité d'agir sur son temps ', et le pressentiment des catastrophes prochaines *.

« Hélas », écrit en 1800 Knebel % si répandu dans le milieu de Weimar, dans une lettre adressée à Herder, « un pays où les mérites de l'individu ne peuvent être utilisés pour le bien de l'ensemble est encore à l'état de barbarie. » Et, à partir de 1802 ", l'un des représentants les plus remarquables, sinon les plus respectables, de cette littérature politique' qui commençait à i)artager, avec les événements purement littéraires, l'allention du public, Gentz, se faisait le précurseur" du mouvement national; il llélrissait la rési-

Page 1