LOMBARD
« C'est dans les mains malpropres et impuissantes d'un poètereau français de basse extraction, qui unit la perversité à raffaiblissement physique, qui dissipe son temps enjeux et en polissonneries, dans la société d'hommes sans consislance et sans considération, qu'est remise la direction de la politique prussienne, à une époque qui n'a peut-être pas sa pareille dans l'histoire moderne *. »
Hardenberg était un autre homme. Récemment parvenu au ministère des affaires étrangères, il n'était pas un nouveau venu dans la politi(|ue pi'ussienne. Son administration avait marqué dans les duchés franconiens ^ Il avait été, en 1795, l'un des négociateurs du traité de Bâle ^ et avait joué, en 1803, un rôle important dans les négociations engagées à l'occasion des sécularisations.
Ce n'était point par la fermeté du caractère qu'il se distinguait de Haugwitz*. On ne saurait le représenter comme un homme pénétré d'une conviction intime, envisageant un but déterminé, y marchant à travers tous les obstacles, sachant imposer à tout ce qui l'entourait l'autorité d'une volonté forte; cela lui manqua jusqu'à la fin. C'était un esprit mobile, plus apte à envisager, en politique clairvoyant, les faces diverses d'une situation, (ju'à indiquer nettement les solutions et les décisions à prendre. C'était aussi une intellig«»nce particulièrement ouverte et éclairée.
Si différents que fussent Hauj^witz et Hardenberg, ils se trouvèrent à peu près également compromis '^ dans les fautes et les erreurs de la politique prussienne. On les retrouve l'un et l'autre, tantôt conseillant au roi de prendre parti entre la France et la coalition, tantôt l'encourageant à s'en tenir à la neutralité. L'un et l'autre l'ont poussé à s'engager, tantôt avec la France et tantôt avec la Russie; et il est aussi impossible de regarder Haugwitz comme le représentant de l'alliance française, ou l'éditeur responsable de la neutralité prussienne *, que de considérer Hardenberg comme un partisan
1. Voir encore Lucchesini, l'envoyé à Paris, et son rôle : « cet usurier, ce pantalon », dit Napoléon, Rankr, llardenfierg, 111, p. 218.