STEIN ET LE MÉMOIRE D'AVRIL
Mais Stein n'est rien moins qu'une nature résignée. Le revirement du mois de février 1806, qui jetle la Prusse humiliée aux pieds de la France, produit sur lui, comme sur tant d'autres, une impression profonde * ; toutefois ce ne sont point des sentiments de découragement qu'il éprouve, c'est une indignation vigoureuse qui le porte à l'action. Il prévoit les désastres qui vont suivre; il n'attend point la leçon des événements pour ouvrir les yeux à l'évidence; il va donner une expression aux mécontentements naissants et indiquer en même temps le remède aux maux dont on souffre. Il va s'efforcer de grouper *, d'abord ces patriotes dont l'agitation, bruyante et factice, encombre l'armée et la cour, mais bientôt tous ceux dont la mission et le désir est d'inaugurer une politique nouvelle qui relève la Prusse de ses ruines '. C'est là l'origine du célèbre mémoire qu'il rédigea en avril 1806 * : Sur f organisation vicieuse du cabinet et la nécessité d'instituer un conseil des ministres.
C'est une action politique qui commence. Stein va droit au but. Avec une âpreté et une violence extrême, avec une netteté et une précision égales, il s'attaque à l'organisation et au personnel gouvernemental ^ C'est là une nouvelle manifestation de ce mouvement d'opposition dont nous avons signalé plus d'une trace au sein de l'administration prussienne. Un des principaux ministres du roi se dresse contre sa politique, et il semble qu'on soit transporté à trente années plus tard, en plein régime parlementaire, et qu'on entende un chef d'opposition s'élever contre le gouvernement qu'il combat et qu'il attaque.
Après avoir tlétri l'organisation gouvernementale, qui met le pouvoir aux mains d'agents subalternes et irresponsables ', après avoir mis en pièces, en quelques traits, l'entourage du roi et le personnel du cabinet, il conclut ainsi ^ : « Le roi lui-même vit complètement séparé de ses ministres ; il n'a plus avec eux ni relations d'affaires, ni relations personnelles, ni correspondance directe. Dans