HARDENBERG ET LA REINE
personnalité et le mémoire de Stein : c'est faire tort à Hardenberg. Celui-ci, en effet, en môme temps qu'il dirigeait la négociation secrète avec la Russie, avait essayé plus d'une fois de ressaisir le roi et de l'entraîner à une nouvelle politique *. Ses efforts;, pour être plus discrets que ceux de Stein, n'étaient pas moins habiles *. Ils avaient échoué. Aussi savait-il par avance que le mémoire ne pouvait produire aucun effet : « Le roi », disait-il ^, « croira entendre, non la voix de la vérité, mais celle de la passion, du sentiment personnel blessé ». Moi-môme, ajoulait-il, malgré tous les ménagements que j'ai pris, je n'ai pu éviter de l'aire naître cette impression. Kôckeritz répète tous les jours au roi que je suis un homme passionné *.
Il avait donc conseillé à Stein de ne pas remettre son mémoire au roi et d'attendre le retour de la reine ^ Du moment où l'on voulait agir, peser sur la volonté, sur l'attitude personnelle du souverain, c'était la seule voie que l'on pût suivre.
En môme temps, Hardenberg semblait conseiller à la reine de ne point transmettre au roi la philippique de Stein '. Dans une lettre adressée à Witgenstein \ le li juillet 1806, lettre destinée à être mise sous les yeux de la reine *, « cet idéal de la perfection féminine, de la beauté, de la grâce, de toutes les vertus aimables », Hardenberg s'efforçait d'entraîner celle-ci à une action politique. Il lui dépeignait la situation, attaquait à son tour avec vivacité, mais d'une façon plus insinuante, les membres du cabinet".» Comment », disait-il, «comment est-il possible qu'un souverain d'un caractère moral si parfait, d'un jugement si sain, s'entoure d'hommes dont la faiblesse, l'incapacité ou la fausseté, la basse immoralité sont notoires, qui exercent un despotisme intolérable, dont la réputation est déplorable, qui n'inspirent
1. Ra?ike, Hardenberg, II, pp. 602-COi; III, pp. 3o, 37, 121.