‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 27 sur 570 · DnoYSEN, III, ui, p · texte numérisé non relu

DnoYSEN, III, ui, p

8. Ranke, I-II, p. 288. — Droysen, III, m, pp. 194, 198, 201, 206. Nous suivons encore ici le récit de Droysen.

9. ... des alten Querulanten Sohn, disait-on. En 1636, il avait été acheté par l'Électeur. Dkoysen, III, u, p. 166. — Voir en 1662. Droysen, III, n, p. 434.

de 1661. Lui-même avait alors été fort mêlé aux intrigues nouées entre la noblesse de Prusse et la cour de Varsovie. Il avait sur la conscience tous les crimes qui n'étaient que trop fréquents dans ce milieu. Lors de la mort de son père, son frère et ses deux sœurs, à la suite dune discussion d'intérêts, avaient dépose contre lui une dénonciation formelle, l'avaient accusé d'avoir proféré des menaces de mort contre l'Électeur. On entama le procès et l'o^ reprit par le menu son existence peu édifiante. En 1663, il avait voulu assassiner son neveu et n'avait tué, du coup de feu qu'il lui destinait, qu'un trompette assis à sa place. Dans son château de Knautcn, où il vivait avec son père, il avait commis toute une série d'adultères, d'incestes et de meurtres. Il réussit à établir les mêmes méfaits à la charge de ses accusateurs, mais il n'en fut pas moins condamné à la prison perpétuelle par la commission chargée de le juger. L'Électeur réduisit la peine à une amende de 5 000 thalers; mais, impuissant à les payer, Kalkstein s'enfuit à Varsovie, d'où il s'employa à exciter contre Frédéric-Guillaume la cour de Pologne et la noblesse prussienne.

Expulsé de Varsovie sur les instances pressantes de l'Électeur, il s'était rendu à l'armée polonaise; mais là on se souvint qu'il avait — alors qu'il était, quelques années auparavant, au service de la Pologne — enlevé avec deux cents cavaliers la caisse de son régiment qui contenait 20 000 llorins. Il dut revenir à Varsovie, fort déconsidéré, mais n'en jouant pas moins un rôle politique au sein de la diète polonaise. Il avait osé, en plein Sénat, en présence du roi, tandis que le référendaire de la couronne lisait la demande d'extradition dirigée contre lui, monter les degrés du trône et saisir la demande.

L'Electeur, lassé par les intrigues de Kalkstein et du roi de Pologne, par les résistances de la noblesse prussienne qui croissaient en proportion, |)erdit patience. Ne pouvant obtenir l'extradition, il prescrivit à Brandi, ipii avait remplacé Hoverbeck comme résident à Varsovie, de s'emparer, s'il se pouvait, de la personne de Kalkstein. On dressa pour le saisir un véritable guet-apens. On l'attira chez Brandi en lui faisant espérer le pardon de l'Électeur. Il y vint plusieurs fois, mais toujours accompagné. Un jour eiilin, étant moins sur ses gardes, ou comptant davantage sur la protection du roi de Pologne, il s'y rendit seul et y tint même un langage plein d'arrogance.

Sur un signe de Brandt, quelques cavaliers, qui avaient été introduits secrètement depuis plusieurs jours dans la demeure du résident, se jetèrent sur Kalkslein, le lièrent, le roulèrent dans une couverture et le transporteront dans une voiture qui franchit sans encombre la frontière. Quelques jours après, il était enfermé dans la citadelle de Memel.

Après les événements de 1663, le dernier défenseur des libertés communales de Konigsberg, Roth, avait été condamné à la prison perpétuelle; l'Électeur lui avait fait grùce de la vie. En 1670, le champion de la noblesse prussienne fut traité plus rigoureusement.

Frédéric-Guillaume avait pu apprécier, lors de ses premiers démêlés avec Roth, l'inefficacité de la juridiction normale et l'impossibilité de la mettre en mouvement lorsqu'il s'agissait d'une œuvre de répression dirigée contre les représentants de l'autonomie provinciale. 11 avait donc posé en principe que lui seul était compétent pour juger les crimes de lèse-majesté. C'était une commission spéciale qui avait jugé Roth; ce fut de même une commission spéciale qui fut chargée déjuger Kalkstein.

Elle reçut l'ordre de lui appliquer la torture. Plusieurs des juges institués par l'Électeur, ceux surtout qui étaient originaires du duché de Prusse, refusèrent de procéder ainsi en dehors de toutes les formes usuelles. Les autres durent passer outre. Kalkstein fut soumis à la torture, puis décapité.

Ce qui fait, au milieu du renouvellement monotone des mômes péripéties, le caractère vraiment original de cette lutte, c'est que l'Électeur ne peut faire usage des moyens d'action dont il dispose. Il n'avait pas à conquérir, il ne pouvait pas conquérir des territoires dont il était le souverain et qu'il désirait fondre en un État unique; il devait, dans une large mesure, ménager les éléments traditionnels qui lui résistaient *. S'il les eût réduits par la force, il n'eût rien fait pour le but qu'il poursuivait *.

Le conflit est bien accusé : d'une part l'opiniâtreté étroite de l'esprit

1, Treitschke, I, p. 44. — Isaacsohn, II, pp. 141, 147. — Mesnagiren uni Golfes- W'ilen eure kurfïiratiche Duvchlaucht die Affection der Stànde, écrit Waldeck à Frédéric-Guillaume, en 1665. Droysbn, III, ii, pp. 162, 371, 377, 396, 420, 424, 433, 459.

2. • L'absolutisme du Grand Électeur s'est établi par des voies absolument légales et par des contrats, der Absolutismus des Groszen Kurfûrsten ist auf vôllig gesetzlichem vortragsmûszigem Wege zu Stande gekommen. • C'est une idée sur laquelle les Allemands reviennent souvent. Ranke, I-II, pp. 280, 283, 296.

de caste, sa résistance acharnée et violente avec toute la fausseté des impuissants; de l'autre, un prince imbu des idées de la souveraineté moderne ', pénétré du sentiment de ses droits et de ses devoirs, essentiellement autoritaire *, avec la rigidité de la foi protestante ^. Ce n'est pas seulement avec l'oligarchie qu'il est en lulte, c'est avec lui-même. 11 est en proie au conflit intérieur de tendances absolues * et passionnées " et d'un esprit politique très développé ®. A chaque instant il est prêt à recourir aux mesures violentes. Il se laisse presque toujours ramener aux concessions ^ à la modération politique dont il a fait l'apprentissage au milieu des difficultés de sa situation extérieure. Son histoire et son caractère rappellent par bien des traits l'histoire et le caractère de Guillaume 111, le neveu de sa première femme, dans ses rapports avec l'aristocratie anglaise. Peut-être chez le Grand Électeur l'esprit politique a-t-il eu moins complètement raison des tendances naturelles. Frédéric II a très bien dit de son aïeul * : « son tempérament vif et colère le rendait sujet aux emportements; mais s'il n'était pas maître du premier mouvement, il l'était toujours du second et son cœur réparait avec abondance les fautes qu'un sang trop facile à émouvoir lui faisait commettre ' ».

La lutte que les Étais soutinrent pour la défense de ce qu'ils appelaient leur « liberté », la lutte entre la « liberté » et la « souveraineté », entre l'oligarchie et la monarchie, entre la conception féodale et l'idée de l'État moderne fut donc des plus ardentes. Malgré

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