‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 271 sur 570 · LE LENDEMAIN D'IÉNA · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN D'IÉNA

lution française, auraient eu facilement raison d'un adversaire même plus redoutable que la Prusse de ^806.

Ce qui frappe surtout dans ces événements, c'est que la Prusse semble n'avoir, pas plus sur le terrain militaire que sur le terrain politique, soupçonné la puissance à laquelle elle se heurtait '. Elle paraissait en être restée aux souvenirs de la guerre de Sept Ans, à cette stratégie méticuleuse, à ces campagnes qui ne décidaient rien et où les temporisations de Daun permirent plus d'une fois à Frédéric de réparer des désastres qui semblaient définitifs. La transformation qu'avait subie l'art de la guerre, le caractère de Napoléon, cette rapidité d'exécution, cette volonté inébranlable qui s'avançait, à travers tous les obstacles et par tous les moyens, vers un but dont rien ne la détournait, et qu'elle plaçait plus loin à mesure que les événements l'en rapprochaient; tout cela était resté pour la politique prussienne lettre close : « Reconnaissons donc ici », disait Napoléon en style de bulletin, « la volonté de cette Providence qui ne laisse pas à nos ennemis des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, du jugement et de la raison pour raisonner. » — « Combien peu », dit plus modestement un témoin oculaire * de ces événements, qui jugeait bien les hommes d'État prussiens, « combien peu ils connaissent les vues et les plans de notre puissant adversaire. Ne savent-ils pas que la résistance la plus énergique peut seule lui imposer quelque mesure, et qu'il ne ménage plus rien dès qu'il n'a plus rien à craindre? »

Au lendemain de la défaite, les corps dissous au contact de l'armée française n'avaient pu se reformer. Hohenlohe et Massenbach avaient entraîné les débris désorganisés de l'armée prussienne, fuyant jusqu'à Prenziau et mettant bas les armes, sans môme tenter de renouveler la lutte. Puis, de toutes parts, les détachements isolés, le prince Eugène de Wurtemberg avec la réserve intacte, Kaickreuth, avaient capitulé. Des places fortes, mal préparées sans doute, mais capables du moins d'arrêter l'ennemi pendant quelques jours : Erfurt, Spandau, Magdebourg, Stettin, Hameln, Ciistrin, ouvraient leurs portes sans même tenter la moindre résistance, parfois devant de simples détachements de cavalerie légère. Une démoralisation universelle*

Page 1