FRÉDÉRIC-GUILLAUME III APRÈS LA DÉFAITE
la rédaction du manifeste * où la Prusse, en accusant aux yeux de l'Europe l'ambition de Napoléon, n'avait pu éviter d'accuser aussi sa propre duplicité et ses tergiversations, Lombard était parti pour Berlin; Haugwitz, Lucchesini l'estaient au quartier général. La reine ne l'avait quitté qu'au dernier moment *.
Il semble que, jusqu'à la dernière heure, on ait, dans l'entourage du roi, nourri l'espoir inavoué d'un rapprochement avec la France ', tant la dignité et la connaissance exacte des projets de Napoléon y faisaient défaut. On avait, en effet, retenu au delà de toute mesure l'envoyé français Laforest, qui demandait à rejoindre l'Empereur, et, s'il faut en croire Marwilz, le duc de Brunswick se llattait encore, à la fin de septembre, d'éviter la guerre et de renouer les négociations *.
Le souverain avait, par sa présence à l'armée, aggravé le mal que causait l'indécision du duc de Brunswick "; il n'avait point manifesté plus d'énergie après la défaite, abandonnant l'armée au moment le plus critique, sans qu'aucune mesure eût été prise pour apporter quelque ordre dans une retraite en vue de laquelle rien n'avait été préparé.
« Fit-on quelque effort », dit Ilardenberg dans ses Mémoires ', « pour réparer les suites du désastre? Non; brisé, sans courage dans le malheur, on ne vit de salut que dans une paix rapide et honteuse. Le jour même de la bataille, le comte de Donhof, aide de camp du roi, fut envoyé à Napoléon avec des propositions de paix. 11 était porteur d'une lettre écrite par Zastrow dans un esprit déplorable. Maintenant que les troupes prussiennes avaient fait leurs preuves de bravoure, le roi proposait à Napoléon, quelques jours après le manifeste, après la lettre du 26 septembre, de renouer les liens de leur ancienne amitié. »
Et, sans doute dans la pensée d'agir sur l'esprit de Napoléon et de le disposer à des conditions moins rigoureuses, Frédéric-Guillaume III lui prodiguait, dans les deux lettres écrites coup sur coup, le 15 '' et le 18 octobre, les plus vulgaires flatteries : « Votre Majesté