LA MISSION DE BERTRAND
Kôckeritz et de Schrôtter, soit qu'il considérât réellement le retour de Hardenberg comme impérieusement commandé par les intérêts et la situation de la Prusse, il allait visiblement au-devant d'un rapprochement.
Hardenberg n'était point disposé à répondre à ses avances. Il sentait plus que jamais la nécessité d'arracher le roi à l'inlluence du cabinet et de son entourage. Dans l'échange de correspondance assez aigre * qui suivit la démarche de Beyme, il laisse percer la pensée visible de ne point se compromettre avec un homme qu'il juge déconsidéré : « Vous ne pouvez mieux prouver votre patriotisme », dit-il * assez crûment à Beyme, « qu'en abandonnant de vous-même votre situation actuelle, et en demandant au roi de vous conlier un autre poste également honorable ».
Les commentaires dont Hardenberg faisait suivre cette lettre adressée à Beyme, la lettre qu'il faisait parvenir à Kôckeritz ^ et qui était destinée à être mise sous les yeux du roi, reproduisaient sans altération sensible le langage qu'il avait tenu au mois de décembre.
Cependant la bataille d'Eylau, les journées sanglantes du 7 et du 8 février avaient singulièrement modifié la situation. Napoléon, qui ne semblait plus, dans les derniers temps, avoir tenu grand compte de la Prusse, ni attaché d'importance au parti qu'elle prendrait, s'était résolu, au lendemain d'Eylau, à envoyer le général Bertrand à Memel *. Bertrand arrivait le 16 février auprès du roi de Prusse et apportait à Frédéric-Guillaume UI la proposition formelle d'un traité de paix. On devait lui restituer ses États jusqu'à l'Elbe ".
Bertrand avait été reçu aussitôt, et dès le 17, Zastrow, ne perdant point un instant, avait fait partir le colonel Kleist en le chargeant (de sa propre autorité, semble-t-il) d'un message pour Napoléon où l'idée d'un traité de paix séparée paraissait admise.
Mais, le 17 aussi *, le roi avait fait savoir à Hardenberg, par l'intermédiaire de Zastrow, qu'il voulait avoir son avis sur les propositions
i. Ranke, Hardenberg, III, pp. 288, 295.
2. Voir la lettre du 2 février 1807. Rankb, Hardenberg, III, p. 287.