‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 339 sur 570 · Marwitz, 1, p · texte numérisé non relu

Marwitz, 1, p

6. A7'ch. hist. du Min. de la guerre. Correspondance de la Grande Armée, 18 janvier 1807, rapport de Turenne; ihid.. 15 avril 1807, rapport de Thouvenot sur la défense de Stettin; ibid., 16 avril 1807, rapport de Turenne.

« L'esprit public est entièrement contre les Français. Les fonctionnaires publics, quels qu'ils soient, ne font rien de bonne grâce pour l'armée, et tout ce que l'on obtient est toujours le résultat de demandes réitérées, de lettres vigoureuses et quelquefois de menaces. »

« Les partisans sont peu nombreux; c'est un ramassis de déserteurs de toutes armes », écrit un des ofliciers chargés de les poursui\Te; « ils ne paraissent jamais avoir été plus de 150, mais ils sont diftlciles à saisir, vu le peu de bonne volonté que mettent les habitants à me donner des renseignements. »

Ces corps de partisans, formés de quelques bandes sans consistance, insuffisants pour inquiéter l'armée française, pouvaient tout au plus la troubler dans l'organisation de l'occupation militaire et dans l'établissement de ses communications. Mais ce n'était point seulement là le motif pour lequel les chefs militaires, auxquels Napoléon avait confié la garde de sa ligne d'opérations, s'en préoccupaient. Les résultats matériels de cette petite guerre étaient déjà assez sensibles ' ; car d'après le rapport d'Estève que nous avons cité plus haut, les impôts ordinaires qui, à son compte, eussent dû produire en Poméranie, du 1" novembre au 1" février, 1 483 036 fr. 38, n'avaient donné que 321 /i38 fr. 99, un peu plus proportionnellement qu'en Silésie, beaucoup moins que dans la Marche Électorale. A la fin de mars 1807, on n'avait encore perçu en Poméranie que 861 105 fr. 54 sur 2471728 fr. 84. Le résultat moral était plus considérable encore. De même qu'en Silésie la résistance de Goetzen, et la défense des places fortes, avaient suffi à créer un état moral fort différent de cet affaissement, dont la Marche Électorale donnait le spectacle; de même, en Poméranie, les incursions de quelques bandes semblaient avoir favorisé, encouragé partout le développement du sentiment national, et la trace s'en retrouve aussi bien dans les rapports des chefs militaires français que dans les comptes d'Kstèvc.

La Poméranie devait avoir toutefois dans l'histoire des origines du patriotisme prussien une page plus glorieuse. Tandis que les Suédois et le siège de Slralsund occupaient dans la Poniérauie suédoises le corps du général Mortier, Colberg, ce petit port fortifié de la côte poméranienne célèbre déjà par les sièges qu'il avait soutenus au

i. Arc/i. hitt. du Min. de ta f/urrir, Coriespondancc <le la (îraiido Arnur, 81 décembre 1800, rapport do Tliouvcnol.

COLBERG ET GNEISENAU. 30o

temps de la guerre de Sept Ans, allait, par sa résistance héroïque, laisser aux patriotes prussiens, après toutes les hontes de la campagne de 1806, un souvenir réconfortant '.

On a vu qu'au début de novembre, la province avait paru occupée presque entière sans difficultés. Seul, le petit port de Colberg faisait tache. 11 n'avait pas tardé à devenir un foyer de résistance. C'était sur celte place que s'appuyaient les partisans. C'était de là que partaient les incursions qui avaient peu à peu soustrait la province à l'action des Français; tant l'exemple d'énergie donné par quelques hommes devient facilement contagieux!

Le gouverneur de la place, le vieux général Loucadou, d'origine genevoise, survivant des guerres de Frédéric, ne semblait pas doué de plus d'énergie que les généraux qui avaient partout ouvert au vainqueur les portes des forteresses prussiennes. C'était peut-être par un hasard que la place de Colberg, forte de 5 000 à 6 000 habitants, somméepar un parlementaire dans les premiers jours de novembre, ne s'était point rendue comme tant d'autres. Le gouverneur, les magistrats nommés par le roi, semblaient portés à subir les événements dans l'apathie et l'inaction. Mais, bientôt, l'esprit patriotique de la population s'était éveillé ^ Nettlebeck, bourgeois de Colberg et vieux marin ^, était devenu, dans la population civile, l'âme de la résistance. Un officier prussien, gravement blessé à léna, Schitl, cerveau mal équilibré* mais plein d'ardeur, à qui ses traits d'audace devaient faire bientôt une popularité excessive, avait organisé un corps de partisans. Nous avons vu l'effet de ses incursions. Lorsqu'on mars Colberg fut investi, les impressions des premiers désastres étaient effacées; la ville était prête à subir un siège. Le général Loucadou ^ voyait d'un mauvais œil, aussi bien l'immixtion de la population civile dans les affaires de la défense, que les tentatives irrégulières de Schill. La ville avait fait demander à Frédéric-Guillaume 111 de lui donner un autre gouverneur; le roi avait accédé aux désirs des habitants de Colberg et avait fait un choix heureux. En avril 1807, Gneisenau était arrivé à Col-

1. Peutz, DasLehen des FeldmarschalVs Grafen Neilhan/t v. Gneisetiau, 1, p. 313. — .loACHiM Nkttklbkck, Bûff/er zu Colberg. Eine Lehensb^schreibung.

2. Thkitsciike, Deutsche Hesrhich/e ini neunzehuten Jahrhundcrt, I, p. 262.

3. Haeusseh, Deutsche Geschichte, III, p. 85. — Aus dem Nachlasse Ludwîçfs VON DER Maiuvitz, I, p. 266.

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