‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 344 sur 570 · FRIEDLAND ET TILSIT · texte numérisé non relu

FRIEDLAND ET TILSIT

magne et de l'Europe, la plupart des conceptions qui se retrouvèrent dans les traités de 1814 et de 1815 *.

On peut mesurer, à l'étendue des illusions que se faisait alors Hardenbcrg, l'impression de fragilité qui s'attachait à cette extraordinaire épopée de Napoléon à travers l'Europe. Il semble qu'il y eût plus que de l'audace, quelque puérilité de la part du premier ministre de la Prusse, à élaborer, six mois après léna, et moins de deux mois avant Friedland, le programme d'une coalition victorieuse. C'est à peine cependant si son imagination surexcitée devançait la réalité de quelques années.

Les événements déjouèrent avec une rapidité foudroyante les projets de Hardenberg. Il avait trop compté sur les difficultés d'une situation que le génie de Napoléon dominait encore. Il avait trop compté surtout sur la persévérance et sur la fidélité du czar, prodigue en démonstrations ardentes, mais dont la mobilité lui réservait de cruelles déceptions. Durant les deux mois qu'il passa au pouvoir, Hardenberg fit, sans s'en laisser rebuter, plus d'une expérience pénible. 11 eut à utter contre l'état de désorganisation et de corruption de l'armée russe, contre les faiblesses et la duplicité de Bcnningsen qui la commandait en chef. Non seulement en Russie, mais partout, la décrépitude; du vieux monde européen vouait à l'impuissance les ennemis de Napoléon; les forces nouvelles du sentiment national, insuffisamment provoqué, étaient encore trop latentes pour que les situations pussent être renversées.

Le 14 juin, la victoire de Friedland * détruisit les impressions et les espérances qu'avaient fait nailreles deux journées d'Eylau et qui s'étaient développées durant l'hiver de 1807. Le czar, par un revirement d'une brusquerie inattendue ^, abandonna la politique de coalition pour l'alliance française. Le 9 juillet, il signait le traité de Tilsit, où les deux Empereurs, tous deux pleins d'arrière-pensées, semblaient s'arroger une sorte d'arbitrage européen.

La Prusse perdit, avec l'alliance russe, avec ce secours si indispensable et si solennellement promis, la dernière lueur d'espoir. Abandonnée à elle-même, elle restait à la discrétion du vainqueur.

1. Ranke, Denkwih'dif/keiten des Staatskanzlers Fûrslen von Hardenherg, IV, pp. 74, 77 — Theitscmke, Deutsche Geschichte im neunzehnten Jahrhunderl, I, 261.

'2. Ranke, Hardenherf/, III, p. 118.

3. Ranke, Hardenberg, III, pp. 4o6, 467. — Aus den Papieren Schôn's, I, pp. 3 à 10.

Napoléon insista, par un calcul assez manifeste, pour qu'Alexandre reçût un lambeau du territoire prussien, et le czar ne refusa point '. Enserrée entre le royaume de Westphalie et le grand-duché de Varsovie, la Prusse ^it son territoire diminué de moitié. Plus réduite qu'à la mort de Frédéric II, elle perdit, non seulement ces immenses territoires slaves que lui avaient donnés les partages de la Pologne, mais toutes les provinces, même les plus anciennes, qu'elle tenait sur la rive gauche de l'Elbe, soit à l'ouest, soit au cœur de l'Allemagne. Ces réductions * ne donnent pas toutefois, à elles seules, une idée de la situation qui lui fut faite. 11 lui restait encore le noyau d'une nationalité résistante, qu'on avait en vain cherché à séparer de l'Allemagne, qu'on n'en avait pas suffisamment isolée pour qu'elle ne pût devenir le refuge du patriotisme allemand. Mais le traité de Tilsit et la convention qui le compléta quelques jours plus tard ' lui imposaient pour un avenir indélini, outre les cessions de territoire, l'occupation militaire dans ce qu'elle avait de plus rigoureux et la prolongation des lois de la guerre. Elle n'avait plus que l'apparence d'une existence indépendante. Les hommes d'État prussiens ne comprirent pas, au premier moment, la situation que faisaient à la Prusse le traité de ïilsit et la convention complémentaire du 12 juillet 1807 *. Ce fut seulement lorsqu'ils en subirent les conséquences, qu'ils pénétrèrent les arrière-pensées qui en avaient dicté les termes vagues et mal définis.

Devant la situation nouvelle, faite à la Prusse par la bataille de Friedland et par le revirement de la politique russe, Hardenberg devait disparaître. Napoléon avait, dès le premier jour, exigé son départ "^ de la façon la plus impérieuse, refusant tant qu'il serait là de négocier même avec la Prusse '. Non que le gouvernenuMit prussien

i. TiiP.iTSCHiB, 1, p. 265.

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