CHAPITRE II
Suites de l'évolution commencée sous le règne du Grand Électeur. — Forma* tion de l'administration monarchique dans les provinces. — Les chambres de guerre et des domaines. — Rôle de Frédéric-Guillaume 1»'. — Sa réhabilitation par les historiens récents. — Le rocher de bronze.
Constitution politique élémentaire de la société. — L'État patrimonial. — Nécessité d'un compromis entre l'État monarchique et l'État patrimonial. — La constitution du cercle et le Landrath. — Transformation progressive de la constitution du cercle. — L'État prussien finit au Landrath. — Extension de la constitution du cercle à tous les territoires de l'État prussien.
Caractères du pouvoir monarchique en Prusse. — Prédominance de l'organisation défensive et militaire. — Le despotisme éclairé. — Le gouvernement personnel. — Impuissance du pouvoir monarchique à jouer le rôle d'arbitre social. — Illusion des historiens prussiens à ce sujet. — La mission tribunicienne des Hohenzollern.
Les transformations politiques ne s'accomplissent pas du jour au lendemain. Celles qui paraissent le plus subites ont été préparées par une série de causes et d'actions latentes, et celles qui semblent le plus violentes ne développent cependant leurs conséquences que progressivement. Les événements du xvi* siècle et de la première moitié du xvii° * avaient préparé l'œuvre du Grand Électeur. Ils avaient révélé, fait sentir la nécessité de la révolution politique qu'il entreprit et qu'il réalisa. Ses premiers succès avaient établi la prépondérance du pouvoir monarchique et lui avaient assuré l'avenir. Mais l'État politique nouveau restait à organiser. Si l'Électeur avait ressaisi le pouvoir politique, créé une force effective, répandu l'impression de
i. BoRNHAK, Geschichte des preussischen Verwaltungsrechts, I, pp. 116, 154, 241.
sa puissance , pris en main l'action extérieure , il n'avait point façonné les organes qui devaient permettre à l'autorité nouvelle de faire sentir son action dans la vie sociale du pays. Le pouvoir monarchique était définitivement établi , l'adriiinistralion monarchique restait à créer *. Celle seconde entreprise, suite nécessaire de la première, Frédéric-Guillaume ne put que la commencer * dans la seconde partie de son règne. Elle se poursuivit naturellement sous le règne de ses successeurs.
En transformant l'impôt consenti irrégulièrement par les États en une contribution permanente, l'Électeur avait ruiné le pouvoir politique de l'oligarchie. A cette transformation correspond la disparition, ou, pour parler plus exactement, l'effacement des États provinciaux '.
La réunion complète des États provinciaux se composait à l'origine de tous les propriétaires des biens nobles de la province, qui formaient ce qu'on appelait le pays plat, et des représentants des villes. Cette réunion, pour les États provinciaux de la Marche Électorale seule, ne comprenait pas moins de 1 500 personnes *. On juge facilement des difficultés et des frais qu'entraînaient de semblables réunions. Un système représentatif n'avait pas tardé à se constituer ". Les villes les plus importantes représentaient les moindres et la noblesse réunie dans ses assemblées de cercle élisait des délégués ". La délégation ainsi constituée prit de plus en plus fréquemment la place des États. A partir du règne du Grand Électeur, à partir tout au moins des premières années du règne de Frédéric-Guillaume I", cette
1. Ihaacsoiin, /)«s- preussische Heamtenthuni, III, p. 77. — Schmollkh, Innere Verwaliung unter Friedrich- Wilhelm I. (Preusxische Jahrbûcher, vol. XXVI, p. 5, die Einrichtuug des lieamtenstnales).
2. IsAACsoiiK, II, pp. 144, 156, 176. — Droysen, Geschichte der prettasischen Politik, 111, II, p. 45; V, m, p. 10. — Schmollkh (Preussische Jahrbûcher), vol. XXV, p. 586; XXVI, p. l.Sl. — Rakkb, Zux'ilf Bâcher preussischer Geschichte, I-II, p. 295. — TllKlT^•:llKe, Deutsche Geschichte, I, p. 36.
3. En 1722, les Ktats provinciaux se réunissent encore annuellement, mais ce n'est plus que pour la forme. Isaacsoiin, Ht, p. 60. — La suppression de la réunion annuelle des États provinciaux ii Olî-ves est de 1721. Isaacsoiin, III, p. 83. Main la réunion a, depuis loiigleiiips, perdu toute importance. — UnoY- MS, IV, u, p. 197. — Don.'NiiAK, I, pp. iM, 279. — Les I-ltals provinciaux de la PniHM! orientale nu se réunissent, sous Kréderic II, qu'en 17iU. IMiilu-pson, Geschv:hte. det preutiischen Stoittswenens, 1, p. 4<12; II, p. 60. — Hohnuak, I, p. 165; U, p. 15, 102.