FORMATION DE L'ADMINISTRATION MONARCHIQUE
délégation même ne se réunit plus qu'exceptionnellement. Elle fut encore convoquée de temps à autre; mais ces réunions étaient dues toutes à la libre initiative ' du roi et lorsque les États provinciaux voulurent en profiter pour reprendre ce qu'ils avaient perdu, ils n'aboutirent qu'à constater leur impuissance.
En 1740, les États du duché de Prusse, assemblés à l'avènement de Frédéric II pour lui rendre hommage, demandèrent la confirmation des recès du Grand Électeur et des concessions qu'ils contenaient. Le prince leur fit savoir que ces recès ne répondaient plus à l'état de choses existant et les États n'insistèrent point *.
Déjà Frédéric-Guillaume I*"" avait, à son avènement, refusé de renouveler sans réserves les recès ^ du Grand Électeur et, en 1716, il donnait dans son langage expressif et intraduisible la formule des progrès accomplis par l'autorité monarchique. « Je laisse aux hobereaux », disait-il, « les formes des États provinciaux. On peut abandonner les apparences lorsqu'on tient les réalités. » « Icli lasse den Herrn Junkern den Wind von Landtay; muii lasse den Leuten Wind, wenn man zum Zweck kommt *. »
La contre-partie de cette évolution ne fit point défaut. On vit bientôt, dans la première moitié du xvm" siècle, se former dans chaque province ces grands collèges administratifs qui constituaient la base solide de l'administration monarchique. La noblesse y tenait toujours une large place; mais les membres de l'aristocratie n'y figuraient plus qu'à titre de fonctionnaires ^.
Les progrès de cette formation répondent exactement aux phases qu'a traversées le pouvoir monarchique. Tant que l'oligarchie domina, le souverain ne fut réellement seigneur et maître que sur ses domaines propres '. Le seul organe d'administration monarchique était alors la chambre des domaines, qui exerçait, sur les vastes étendues de territoire appartenant à l'Électeur, les droits du propriétaire en même temps que les fonctions de la souveraineté.
1. ScHMOLLER. Dès Frédéric-Guillaume I". Innere Verwaltung unter Friedrich- Wilhelm I. {Preussische JahrbUcher, vol. XXVI, p. 8.)