FORMATION DE L'ADMINISTRATION MONARCHIQUE
Pour accomplir cette œuvre d'organisation à laquelle Frédéric- Guillaume I" mit la dernière main, le pouvoir monarchique eut à surmonter des difficultés considérables. La lutte engagée entre le Grand Électeur et l'oligarchie se poursuivit sourdement sous cette nouvelle forme durant tout le début du xviii® siècle '. Frédéric-Guillaume 1" avait encore trouvé l'oligarchie maîtresse de l'administration *. « Les chambres des domaines », écrivait-il, « ne forment qu'une bande avec les membres de l'aristocratie; et ce qu'il y a de pis c'est que les uns et les autres ont partie liée contre moi \ » Très hostile à l'aristocratie *, il introduisit dans l'administration l'élément roturier^ qui ne tardai "«« « v former la majorité, et à y constituer l'élément monarchique.
Entre cet élément nouveau *, moderne, et l'ancien élément encore imbu de l'esprit de rébellion aristocratique, les conflits sont tout d'abord constants ^ souvent même déclarés. iMais avec sa volonté persévérante et sa brutalité de procédés, Frédéric-Guillaume l" a bientôt fait de l'administration prussienne un instrument monarchi(Iue^ 11 la refond entièrement un 1723. Ce qui caractérise à la fois son action et ce qui affirme sa victoire, c'est la suppression du droit d'indigénat " que le Grand Électeur a dû respecter encore dans ses recès '". L'oligarchie autonome réservait autrefois, et exigeait du prince qu'il réservât aux indigènes, à l'aristocratie provinciale, toutes les fonctions de la province. Sous Frédéric-Guillaume I", l'indigénat " est devenu un motif d'exclusion. Il recommande de n'admettre dans les chambres provinciales aucun membre de la noblesse locale. On enverra en Prusse des Poméraniens ou des Westphaliens, mais point
1. Theitschke. 1, p. 39. — Isaacsohn, II, p. 138. — Testament politique du Grand Électeur, Ranke, I-II, p. 504.