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LE DROIT D'ÉVICTION SUR LES BIENS NOBLES

Elle n'avait été résolue par l'édit qu'en termes généraux et assez vagues, et cependant elle avait une importance capitale et touchait aux principes les plus vitaux de l'organisation sociale.

On semblait, dans le régime ancien, n'avoir confié aux tenanciers le soin de cultiver la terre que pour avoir un meilleur prétexte à les exploiter; on ne leur laissait les instruments de culture que pour les employer, comme leur travail personnel, au service du bien noble. 11 paraissait qu'on ne les eût installés sur leurs tenures que pour les en tenir, par un nouveau supplice de Tantale, éloignés toute l'année. Ces malheureux, sans goût pour la propriété ni pour la culture, sans initiative et sans responsabilité, étaient les victimes évidentes d'une constitution sociale condamnée d'une façon éclatante *.

Mais comment en sortir? Il fallait, disaient la noblesse et Schmalz, qui avait exposé ses doctrines dans un pamphlet très répandu, il fallait donner au seigneur le droit de reprendre les tenures; lui seul avait — surtout dans l'état de ruine où la guerre laissait le pays, — lui seul avait, en les adjoignant à son faire valoir, le moyen d'assurer la reconstitution de la culture. Quel dommage, d'ailleurs, l'éviction causerait-elle aux tenanciers? N'étalent-ils pas dix fois plus malheureux* que cette masse de travailleurs ruraux, qui ne possédaient rien ou qui ne possédaient qu'un lopin de terre, qui n'étaient pas accablés des soucis et des charges d'une propriété incomplète, qui vivaient de leur travail sans avoir à entretenir les attelages et l'appareil coûteux d'une culture étendue? L'État n'avait pas, d'autre part, à redouter une réduction de la population; les tenanciers évincés demeureraient, à titre de journaliers, membres de la communauté rurale. Le bien noble étendu leur fournirait un emploi assuré.

Ainsi parlait la noblesse, exploitant à son profit, par une évolution fort liabile, les principes de liberté du nouvel édit. Elle avait avec elle des esprits philanthropiques, comme ïhaer, qui, très sincèrement frappés des misères des tenanciers, considéraient leur situation comme inférieure à celle des simples journaliers ^ Elle avait pour elle aussi les doctrines économiques nouvelles, les doctrines du laisser faire, qui attendaient tout du libre jeu des initiatives et des intérêts indivi-

i. K\APP, I, pp. 138, 147.

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