LES RÉFORMATEURS
Sept Ans, dans les bagages de l'armée d'Empire '. L'un et l'autre avaient beaucoup couru le monde, cherchant sous des maîtres différents, l'emploi de leur activité : Scharnhorst, dans l'armée coalisée sous les murs de Menin; Gneisenau, jusque dans le nouveau monde*. Gomme bien d'autres, aussi nomades qu'eux, comme Blucher, le Mecklembourgeois, comme York, ils avaient fini, après avoir tenté la fortune de côté et d'autre, par s'attachera la Prusse^. Tant il est vrai que l'État prussien, ce type d'État encore incomplet, exerçait une puissance d'attraction particulière sur les Allemands, qui demandaient à une collectivité, douée de vie politique, un aliment à leur goût d'activité publique.
Scharnhorst était le seul qui fût roturier. 11 avait pénétré, par la faveur du comte de Lippe, dans l'armée hanovrienne, et, de là, par une exception, dans l'armée prussienne, où, pour effacer la tache de son origine, le roi ne tarda pas à l'anoblir. Les autres, Gneisenau *, Boyen, étaient d'origine aristocratique. Il faut toutefois distinguer : ils appartenaient à des familles nobles, mais, depuis plus ou moins longtemps, séparées de la terre. Ils n'étaient point, en réalité, de cette caste de soldais agriculteurs, de cette caste de l'aristocratie foncière et militaire, de ce parti féodal, dont Marwitz est resté le type le plus achevé. C'étaient — suivant l'expression d'un historien allemand — des aristocrates in partibus infidelium ^
S'ils appartenaient, par une longue carrière, à l'ancienne armée prussienne, ils y formaient une catégorie particulière et facile à reconnaître. Il existait, parmi les officiers prussiens, au commencement de ce siècle, des générations et des tendances très différentes ". Les vieux officiers de la guerre de Sept Ans', comme MoUendorf, Kalckreulh, Brunswick, L'Estocq, étaient arrivés à un âge où leurs habitudes surannées effaçaient et compensaient leur expérience mili-