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SITUATION DE L'ARMÉE PRUSSIENNE EN

serait tenté de croire à première vue qu'il en fut de même de la réforme militaire.

Scharnhorst et Gneisenau semblaient être très sensiblement dans le même état d'esprit que Stein et Hardenberg. D'un idéalisme très ardent, ils étaient admirablement préparés à s'associer au mouvement d'idées où les hommes politiques étaient engagés*. Les uns et les autres agissaient sous l'empire du même entraînement; ils cherchaient à créer par de grandes manifestations législatives un esprit nouveau au sein de la nation prussienne. Leur pensée dépassait de beaucoup les réalités immédiates et les possibilités pratiques.

Toutefois, les réformateurs militaires avaient un but immédiat et direct qui les condamnait, plus que les hommes politiques, à rechercher le résultat prochain. Si idéalistes qu'ils fussent, on retrouvait d'ailleurs chez eux ce mélange caractéristique d'esprit pratique * qui distingue si particulièrement la fusion de l'esprit allemand et de l'esprit prussien. Ni Gneisenau, ni Boyen, ni Scharnhorst lui-même, ne restaient dans les nuages. Et la nécessité impérieuse d'une reconstitution aussi prompte que possible de la puissance militaire assurait, en fin de compte, une réalisation prochaine de leurs idées. Tandis que, dans le domaine des ordonnances, Frédéric-Guillaume III et son entourage refusaient d'accepter leurs doctrines, elles s'imposaient, par la force même des choses, dans le domaine des faits.

Il faut avoir toujours présente à l'esprit la situation du gouvernement prussien à cette date. Lorsqu'on fit à Kônigsberg le compte des trois premiers mois de 1808, cet État, de moins de 5 millions d'habitants ^ bien plus réduit en réalité, puisqu'il était confiné sur la rive droite de la Vistule, avait touché 1 450 000 francs et en avait dépensé 9 700 000 *. L'ancien corps d'officiers n'existait pour ainsi dire plus. On avait congédié sans regret tout ce qui venait des provinces polonaises récemment acquises et restituées au grand-duché de Varsovie; on avait congédié aussi tout ce qui venait des autres provinces cédées à Tilsit. Mais ce qui restait, c'est-à-dire les officiers originaires des

d. Haeusser, III, p. 160.

2. Uochflierjendc Idealismus ; Fûrsorge fur Dinge deren Masz die Beobachtung und die Erfahrung isl. Leiimann, Scharnhorst, II, p. 126. — Voir surtout tbid., p. 126.

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