LA CONSTITUTION DU CERCLE
Les historiens prussiens n'échappent point, en la décrivant et en la célébrant, à la plus singulière contradiction. Après avoir chanté l'hosannah sur le triomphe de la souveraineté monarchique, ils ne manquent point de vanter encore cette formation spontanée du développement intérieur de la Prusse, comme ayant sauvegardé, en face de la monarchie absolue, les éléments de décentralisation et l'intensité de la vie locale '. Tantôt la constitution de l'État prussien au xviii^ siècle leur apparaît comme un type de centralisation monarchique et tantôt comme un type de décentralisation aristocratique. Ils n'y voient pas assez ce qu'elle fut réellement : un compromis entre deux termes contradictoires; entre l'absolutisme monarchique poussé à ses dernières limites, l'État providence, et une société oligarchique.
Le cercle était la circonscription intermédiaire entre le bien noble et la province. Il répondait à peu près, comme étendue moyenne, à notre moderne arrondissement français. Il n'avait été à l'origine qu'une circonscription électorale *. C'était dans les assemblées de cercle que les propriétaires nobles se réunissaient pour désigner ceux d'entre eux qui devaient les représenter dans la délégation qui avait pris la place des États provinciaux. Mais bientôt ces assemblées avaient acquis une importance croissante. X partir du milieu du
1. Voir celte singulière contradiction chez Boh!(hak. C'est lui qui a mis en lumière les traits particuliers de la constitution du cercle. Il la présente comme un modèle de décentralisation : Dies f/ilt namentlich, écrit-il, von der ôisher fast vollslàndig unbekannten K-reisverfassung des \si\i. Jahrhunderts,in der sich,mitten in der Zeit des aufgeklàrlen Despotismm, ja auf dem Hôhepunkte desselben, eine obrigkeitliche und kommunale Selbstverwaltung darslellt, wie sie gleichzeitig aufden Kontinent ohne Glcichen und der englischen Grafschaftsverfassung mindestens ebenbûriig ist. Bof<nhak, II, p. iv. Et avec le même enthousiasme : Allein Drandenbiirg Preuszen gelangla schon irn xvii. Jahrhundert zu einer durchaus originellen Neubildung, der Kreisverfassung,die zugleich das erste Deùpiel der neueren nicht subjektiv dinglichen Selbstverwaltung auf dem Kontinent bietet. Bokmiak, 1, p. 269, et encore, ibid., pp. 219, 289. C'est cependant le même auteur qui décrit le régime de Frédéric-Guillaume I" comme le dernier mot de la centralisation monarchique, II, pp. 4, 33, et qui écrit cette phrase à peine suivie d'une vague réserve sur la constitution du cercle : Aile Selbstlhiiligkeit der Unterthanen in der Staatsverwaltung, besonders die stâdlische Selbstierwaltung, war im Laufe des letzten Jahrhiinderts vernichtet worden. H, p. 140. Il a rencontré une appréciation intermédiaire plus juste lorsqu'il dit : Die Organe der Staatsverwallung bildete daher allein das berufsmâssige lieamtentum, nur in den unteren Instanzen, in der Kreisverfassung,verslûrkt durch einige Elemente der adligen Selbstverwaltung, II, p. 279. Le seul organe de l'administration d'État c'était ce personnel de fonctionnaires fortifié seulement aux degrés inférieurs, dans l'organisation du cercle par quelques éléments de décentralisation aristocratique. Voir encore Uohnhak, II, p. 34.