INDÉCISION DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME III
rieur de la Prusse, grâce au concours d'une foule d'hommes lâches, pervers, ou à demi pervers qui tenteraient ainsi d'arriver au pouvoir. » C'est l'entourage de cour, dont l'action sur le roi préoccupe sans relâche les hommes du parti national. « Ce jour-îà», conclut Scharnhorst, « on ne pourrait plus compter sur la nation ni sur l'armée » ; et le fond de sa pensée apparaît plus loin : « C'est en répandant leur sang à flots que nos prédécesseurs ont fondé l'individualité [Eigenthûmlichkeit) de l'État prussien et la gloire de la nation. Nous serions indignes de leur mémoire, si nous étions prêts à abandonner sans courage le patrimoine si chèrement conquis *. » L'heure où Scharnhorst écrit ces lignes est celle où il obtient la signature du roi pour une partie des réformes militaires. L'appel des soldats d'un mois est du 6 août 1808.
Dans le mémoire du 11 août% Stein exprime, peut-être avec plus de précision encore, des idées analogues. Il veut que le roi donne pour instruction au prince Guillaume de poursuivre les négociations en vue de l'alliance française. Il veut même que l'on aille jusqu'à mettre un corps d'armée à la disposition de la France, mais « l'alliance ne doit être qu'un voile destiné à dissimuler les mesures que l'on prendra pour la rompre ^ ». Le corps d'armée qui doit être mis à la disposition de la France le sera dans des conditions telles, qu'il puisse, au moment voulu, s'unir aux Autrichiens et faire cause commune avec eux contre l'ennemi national *. Et le but apparaît avec la dernière clarté : c'est l'insurrection nationale appuyée sur des alliances et sur un noyau d'armée régulière ^ Il faut que chacun soit prêt à sacrifier sa vie et ses biens; ne deviendraient-ils point sans cela la proie de l'oppresseur et n'iraient-ils point accroître ses moyens d'action? « Il faut répandre, susciter partout les idées insurrectionnelles, apprendre à chacun comment on peut faire naître ou diriger un soulèvement. »
Le 12 août, le lendemain du jour où ce mémoire fut remis à Frédéric-Guillaume III, le roi envoya de nouvelles instructions au prince Guillaume. On devait proposer à la France une alliance offensive et défensive, en échange de l'évacuation du territoire, et d'une atté-