STEIN ET FRÉDÉRIC-GUILLAUME III
Ces négociations secrètes, la sanction royale qui leur était donnée * établissent, nous dit-on % que Frédéric-Guillaume III, même après avoir donné à Goltz l'ordre de ratifier la convention, n'avait point repoussé sans appel les projets du parti national. C'est méconnaître étrangement* et le caractère du souverain, et la clarté que jette sur ses intentions le résultat final de toutes ces hésitations. La résolution lui manquait même pour repousser les décisions énergiques*, et l'on voyait se reproduire, en traits presque identiques, le spectacle de ses faiblesses avant et après léna. Les patriotes le sentaient si bien qu'il n'élait pas un de leurs mémoires où ils ne protestassent contre ce goût des atermoiements et des demi-mesures, qui effaçait, devant la toute-puissance des événements, et réduisait à rien l'action de la volonté humaine.
En réalité, le dissentiment latent, entre eux et le roi, datait du jour même où s'était posée la question de savoir si la Prusse devait prendre l'initiative et la direction d'un mouvement national en Allemagne, et s'engager, en dépit de tous les périls, et de toutes les impossibilités, dans la voie de la résistance ouverte, ou si elle devait louvoyer encore, sauvegarder tant bien que mal les derniers débris d'une existence restreinte, afin de réserver un avenir meilleur.
Qui donc avait raison dans ce débat capital des patriotes ou du roi? Il semble bien que les événements aient justifié Frédéric- Guillaume 111. En courbant une fois de plus la tète, en se pliant aux événements, il sauvegarda l'avenir. La Prusse ne disparut point du rang des nations; elle ne fut point absorbée dans la monarchie universelle ^ Les épreuves de 1808 marquèrent le dernier degré de son abaissement. Et, quelques années plus tard, Frédéric-Guillaume 111 fut sauvé, précisément comme il avait désiré*, comme il avait compté l'être, par le secours et par l'alliance de la Russie.
1. La preuve en est donnée pour les relations avec l'Angleterre par Lehmann, Scharnhorst, II, pp. 189-190. — Voir ibid., II, p. 193, la noie. Le roi désavouant, en mars 1809, les avances faites en 1808 par Stein à l'Autriche. Le 15 juillet 1809, le ministère écrit que ces avances ont été faites, theils mit, theils ohne Wissen E. K. Mujesiat. — Voir Hassel, I, pp. 210, 273.