‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 522 sur 570 · LE ROMANTISME · texte numérisé non relu

LE ROMANTISME

les traditions, pour le génie, pour les souvenirs allemands, d'autant plus libre dans ses reconstructions théoriques qu'elles demeurent dans le domaine de l'idéal. C'est une passion d'action politique qui ne cherche pas même à préciser son objet. Les formes palpables de l'unité ont disparu; la table est rase; l'Allemagne s'absorbe dans la contemplation, dans l'affirmation de son unité morale *.

Que sera l'incarnation nouvelle de la nationalité allemande? Quelle forme aura l'État allemand? Comment réconciliera-t-on les antinomies irréductibles de l'Autriche et de la Prusse, de l'ancienne anarchie politique *? Ce sont là questions secondaires ^. Bien petit est le nombre de ceux qui demeurent étroitement Prussiens, comme Jahn, Schenkendorf, comme Frédéric-Guillaume 111. Beaucoup, comme Arndt, sont prêts à acclamer, dans l'empereur Fran.^ois, le chef de l'Allemagne nouvelle. Fichte proclame l'empereur d'Autriche dans la capitale même de la Prusse, en attendant qu'il voie, dans le roi de Prusse seul, à la fois le créateur et le dompteur de la nationalité allemande : der Zwmgherr der Deutsrhheit. Il est demeuré la meilleure personnification du mouvement intellectuel de l'Allemagne. La plupart, comme lui, ne s'adressent et ne songent qu'à la nation allemande *.

Au moment même où l'Allemagne prenait la conscience aiguë de sa nationalité et des lacunes de son existence politique, à l'heure même où l'exaltation morale ^, qu'elle puisait dans ce sentiment nouveau, la préparait à une action désordonnée, aux joies des sacrifices sans réserves, elle demeurait au pays des chimères intellectuelles *.

Qu'était devenu cependant, dans ce milieu transformé, le rôle de la Prusse? 11 semblait que l'État prussien, détruit par les événements, eût en outre perdu son individualité, noyée sous ce courant nou-

zucrst die Idée der deutschen Einheît, recht eigentlich ein Kind des Schmerzes, der hislorischen Sehnsucht, einer ebensosehr poelisehen als poliliachen Begeisterung . Theitscuke, I, p. 299.

1 . TitEiTsciiKE, I, p. '?35, u l'idée d'une grande patrie dans les nuages », Treitscrke, 1, p. 301.

2. L'idée de l'union de l'Autriche et de la Prusse domine toute l'époque. Treitsciike, I, p. 260.

3. TitEiTscHKK, I, pp. 301-302. — Leiiman\, Schat-nhorst, II, p. 171.

4. Haeusser, 111, pp. 169, 173. — Triitschke, 1, pp. 237, 302, 307, 308. — Lebmann, Scharnhorst, U, p. 171.

5. Theitscuke, I, pp. 300-301. — Aus den Papiei'en ScHô?i's, II, pp. 270-271.

Page 1